ALGER, 26 juillet (Xinhua) -- L'Algérie tente de se lancer dans un nouveau chapitre qui consiste à ouvrir un processus visant à mettre fin à la crise politique que traverse le pays depuis le 22 février. Une période caractérisée par une vague de contestations populaires sans précédent exigeant un changement radical du régime, laquelle a d'ailleurs poussé le président Abdelaziz Bouteflika à démissionner le 2 avril dernier.
Dans cet ordre d'idées, le président par intérim, Abdelkader Bensalah, a confié jeudi à un groupe composé de six personnalités nationales indépendantes la mission de mener un dialogue national inclusif, auquel les autorités politiques et militaires en place ne prendront pas part. Le dialogue mènera au bout à la tenue d'une élection présidentielle.
La présidence a indiqué dans un communiqué que M. Bensalah avait reçu dans son bureau à Alger, Karim Younès, Fatiha Benabbou, Smaïl Lalmas, Bouzid Lazhari, Abdelwahab Bendjelloul et Azzedine Benaïssa.
Karim Younès, président du Parlement algérien entre 2002 et 2004, était en conflit avec l'ancien président Abdelaziz Bouteflika, qu'il a accusé d'autoritarisme. Il a démissionné de son poste en 2004, et demeure depuis un opposant au régime.
Quant à Fatiha Benabbou, elle est professeure de droit constitutionnel à l'Université d'Alger, Smaïl Lalmas est professeur d'économie à l'Université d'Alger, Bouzid Lazhari est professeur de droit constitutionnel. Abdelwahab Benjelloul et Azzeddine Benaïssa sont des militants des droits de l'homme.
En présentant "les membres du Panel de personnalités nationales appelés à mener le dialogue national inclusif auquel a appelé M. le chef de l'Etat lors de son discours du 3 juillet 2019, dans le cadre d'une offre politique globale", le texte de la présidence a expliqué qu'il s'agit de "personnalités nationales, crédibles, compétentes, sans attache partisane et sans ambition électorale". Il a tenu à préciser qu'"afin d'éviter toute fausse interprétation et de dissiper tout malentendu, l'Etat dans toute sa composante, y compris militaire, ne sera pas partie prenante à ce dialogue et observera la stricte neutralité tout au long du déroulement de ce processus".
Selon le communiqué, cette approche prévoit que l'achèvement du processus conduira à l'organisation du scrutin présidentiel en priorité et en tant que seule solution démocratique permettant de surmonter la situation actuelle. Le texte a également souligné l'engagement de l'Etat à garantir les conditions nécessaires pour l'organisation d'une présidentielle libre et équitable.
De son côté, ce groupe de personnalités a tenu à souligner qu'elles n'étaient pas représentantes du mouvement populaire, ni ses porte-parole, affirmant avoir accepté cette mission "en toute liberté" pour mener un dialogue national perçu comme "le seul moyen à même de garantir une issue pacifique à la hauteur des aspirations des Algériens et Algériennes".
Les membres du Panel des personnalités ont mis l'accent sur "l'impératif pour l'Etat de prendre des mesures d'apaisement à même de créer un climat devant conduire nécessairement à un dialogue sincère qui exprime les vœux et les revendications populaires et qui mènera à l'organisation d'une élection présidentielle transparente, régulière et libre dans les plus brefs délais".
Parmi les mesures auxquelles elles ont appelé, "la libération de tous les détenus du hirak (mouvement de protestation)", "la levée de toutes les formes de pression sur les médias", et "la garantie de toutes les conditions et les facilitations à même de permettre aux citoyens d'exercer leurs droits constitutionnels dans les manifestations et les rassemblements pacifiques".
Depuis le départ de l'ancien président, plusieurs pistes de sortie de crise ont été proposées, sans qu'aucune n'aboutisse. La raison est que le mouvement populaire exige, chaque vendredi dans les rues, le départ de tous les symboles de l'ancien régime comme préalable à un dialogue et à l'organisation de la présidentielle.