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Shunji Yanai, le manipulateur derrière l'arbitrage illégal sur la mer de Chine méridionale (ANALYSE)

                 French.xinhuanet.com | Publié le 2016-07-17 à 16:00

TOKYO, 17 juillet (Xinhua) -- Quatre des cinq juges du tribunal arbitral sur le différend sino-philippin en mer de Chine méridionale ont été désignés par le Japonais Shunji Yanai, ancien président du Tribunal international du droit de la mer (TIDM).

Faucon, homme de droite, proche du Premier ministre japonais Shinzo Abe, pro-américain, hostile à la Chine... Tels sont quelques uns des termes souvent accolés à Yanai.

Des observateurs jugent qu'il n'est pas étonnant que le tribunal basé à La Haye chargé d'examiner la plainte déposée unilatéralement par l'ancien gouvernement philippin ait délivré mardi dernier un jugement infondé qui a dénié à la Chine ses droits historiques séculaires en mer de Chine méridionale.

DEMISSION D'UN DIPLOMATE EN PLEIN SCANDALE

Shunji Yanai vient d'une famille marquée par la diplomatie. Son père, diplômé de l'Université de Tokyo, a travaillé au ministère des Affaires étrangères et été ambassadeur du Japon en Colombie, avant d'être expulsé au début de la Seconde Guerre mondiale. Il a alors quitté le ministère et été avocat après-guerre.

Grâce à ses origines familiales, M. Yanai a effectué des études primaires et secondaires dans des établissements fréquentés par la famille royale nippone, avant d'étudier le droit à l'Université de Tokyo. Empruntant les pas de son père, il est entré au ministère des Affaires étrangères.

En 1999, il deviendra ambassadeur de son pays auprès des Etats-Unis.

"En tant que haut responsable dans le gouvernement japonais, M. Shunji Yanai est plutôt une espèce rare. Il est (...) audacieux et parfois controversé. Il s'en est parfois tiré avec des choses qui auraient coûté à d'autres leur carrière", résume Fumiko Halloran dans sa critique du livre de Yanai, "L'évolution rapide de la diplomatie".

Le diplomate a ensuite dû quitter le ministère des Affaires étrangères en compagnie de trois autres fonctionnaires à l'occasion d'une série de scandales de détournements de fonds affectant le ministère.

Après sa carrière diplomatique, il est devenu professeur de droit à l'Université Chuo de Tokyo.

L'HOMME DERRIERE DES LOIS SECURITAIRES CONTROVERSEES

En tant que diplômé de droit de l'Université de Tokyo, M. Yanai a été considéré par certains observateurs comme un expert dans l'art de contourner les obstacles juridiques afin de pouvoir remanier la Constitution pacifiste du Japon d'après-guerre.

Selon le quotidien Nikkei, c'est alors qu'il était directeur général du Bureau des traités au ministère des Affaires étrangères pendant la Guerre du Golfe en 1990 qu'il a contribué à ce que le Parlement vote une loi autorisant le déploiement de soldats japonais au sein des missions onusiennes. En 1992, Tokyo a envoyé ainsi quelque 600 soldats et 75 policiers contribuer à maintenir la paix au Cambodge.

En 2007, lors du premier mandat de M. Abe à la tête du pays, il a présidé une commission formée par le Premier ministre pour amender la Loi fondamentale afin de permettre le déploiement de forces japonaises à l'étranger.

Lors du retour au pouvoir de M. Abe en 2012, il a de nouveau repris son combat pour réviser la Constitution. C'est encore lui qui, en 2014, a soumis à Shinzo Abe un rapport prônant la levée de l'interdiction faite aux Forces d'autodéfense japonaises d'être envoyées à l'étranger.

En 2015, le Japon devait finalement abandonner 70 années de pacifisme en votant une série de lois lui permettant de déployer des militaires dans des conflits outre-mer, malgré les protestations tant au Japon que dans les pays ayant été victimes de l'armée impériale japonaise lors de la Seconde Guerre mondiale.

LE RESPONSABLE DE LA CONSTITUTION D'UN TRIBUNAL ARBITRAL PARTIAL

Shunji Yanai est devenu le 1er octobre 2011 le premier Japonais à présider le Tribunal international du droit de la mer (TIDM). Cette nomination a soulevé la préoccupation parmi les pays ayant des différends maritimes avec le Japon, dont la Corée du Sud.

Après la plainte déposée unilatéralement en 2013 contre la Chine par les Philippines, un tribunal arbitral a été créé.

Etant donné les conflits maritimes et historiques entre la Chine et le Japon, ainsi que les penchants de M. Yanai, il n'est pas surprenant que ce dernier ait plutôt choisi des arbitres partiaux envers la Chine.

En août 2013, alors qu'il était encore en train de les choisir, il a déclaré dans une émission de la chaîne nippone NHK que les îles japonaises étaient "menacées", que le Japon avait des "ennemis" et qu'il avait besoin de renforcer sa puissance militaire pour préserver la sécurité.

"Du point de vue de l'arbitrage, les gens ont pu voir que tout ça a été mené par un groupe de gens qui ne connaissaient pas grand chose aux questions de la mer de Chine méridionale", a estimé Motofumi Asai, ancien fonctionnaire en charge de la Chine au ministère japonais des Affaires étrangères et ancien collègue de M. Yanai

M. Asai a également relevé que M. Yanai avait des liens étroits avec le Premier ministre Abe et qu'il avait présidé une commission d'experts chargée de conseiller M. Abe sur ses projets de lois sécuritaires. "Cet arbitrage a été mené à l'évidence en conformité avec les volontés de l'administration Abe", a-t-il dit.

Pour le politologue Jiro Honzawa, l'arbitrage n'a rien à voir avec la vérité, mais bien avec la politique. "Les Philippines ont été soutenues par les Etats-Unis et le Japon, car ces derniers veulent endiguer la Chine", selon lui.

M. Honzawa critique également la NHK et d'autres médias nippons pour leurs reportages mensongers visant "à couvrir l'administration droitière". "L'arbitrage était un piège tendu par les Etats-Unis et le Japon", écrit-il sur son blog.

Lire aussi:

La Cour internationale de justice nie toute implication dans l'arbitrage sur la mer de Chine méridionale

LA HAYE, 15 juillet (Xinhua) -- La Cour internationale de justice (CIJ) a nié jeudi toute implication dans l'arbitrage sur la mer de Chine méridionale.

 
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Faucon, homme de droite, proche du Premier ministre japonais Shinzo Abe, pro-américain, hostile à la Chine... Tels sont quelques uns des termes souvent accolés à Yanai.

Des observateurs jugent qu'il n'est pas étonnant que le tribunal basé à La Haye chargé d'examiner la plainte déposée unilatéralement par l'ancien gouvernement philippin ait délivré mardi dernier un jugement infondé qui a dénié à la Chine ses droits historiques séculaires en mer de Chine méridionale.

DEMISSION D'UN DIPLOMATE EN PLEIN SCANDALE

Shunji Yanai vient d'une famille marquée par la diplomatie. Son père, diplômé de l'Université de Tokyo, a travaillé au ministère des Affaires étrangères et été ambassadeur du Japon en Colombie, avant d'être expulsé au début de la Seconde Guerre mondiale. Il a alors quitté le ministère et été avocat après-guerre.

Grâce à ses origines familiales, M. Yanai a effectué des études primaires et secondaires dans des établissements fréquentés par la famille royale nippone, avant d'étudier le droit à l'Université de Tokyo. Empruntant les pas de son père, il est entré au ministère des Affaires étrangères.

En 1999, il deviendra ambassadeur de son pays auprès des Etats-Unis.

"En tant que haut responsable dans le gouvernement japonais, M. Shunji Yanai est plutôt une espèce rare. Il est (...) audacieux et parfois controversé. Il s'en est parfois tiré avec des choses qui auraient coûté à d'autres leur carrière", résume Fumiko Halloran dans sa critique du livre de Yanai, "L'évolution rapide de la diplomatie".

Le diplomate a ensuite dû quitter le ministère des Affaires étrangères en compagnie de trois autres fonctionnaires à l'occasion d'une série de scandales de détournements de fonds affectant le ministère.

Après sa carrière diplomatique, il est devenu professeur de droit à l'Université Chuo de Tokyo.

L'HOMME DERRIERE DES LOIS SECURITAIRES CONTROVERSEES

En tant que diplômé de droit de l'Université de Tokyo, M. Yanai a été considéré par certains observateurs comme un expert dans l'art de contourner les obstacles juridiques afin de pouvoir remanier la Constitution pacifiste du Japon d'après-guerre.

Selon le quotidien Nikkei, c'est alors qu'il était directeur général du Bureau des traités au ministère des Affaires étrangères pendant la Guerre du Golfe en 1990 qu'il a contribué à ce que le Parlement vote une loi autorisant le déploiement de soldats japonais au sein des missions onusiennes. En 1992, Tokyo a envoyé ainsi quelque 600 soldats et 75 policiers contribuer à maintenir la paix au Cambodge.

En 2007, lors du premier mandat de M. Abe à la tête du pays, il a présidé une commission formée par le Premier ministre pour amender la Loi fondamentale afin de permettre le déploiement de forces japonaises à l'étranger.

Lors du retour au pouvoir de M. Abe en 2012, il a de nouveau repris son combat pour réviser la Constitution. C'est encore lui qui, en 2014, a soumis à Shinzo Abe un rapport prônant la levée de l'interdiction faite aux Forces d'autodéfense japonaises d'être envoyées à l'étranger.

En 2015, le Japon devait finalement abandonner 70 années de pacifisme en votant une série de lois lui permettant de déployer des militaires dans des conflits outre-mer, malgré les protestations tant au Japon que dans les pays ayant été victimes de l'armée impériale japonaise lors de la Seconde Guerre mondiale.

LE RESPONSABLE DE LA CONSTITUTION D'UN TRIBUNAL ARBITRAL PARTIAL

Shunji Yanai est devenu le 1er octobre 2011 le premier Japonais à présider le Tribunal international du droit de la mer (TIDM). Cette nomination a soulevé la préoccupation parmi les pays ayant des différends maritimes avec le Japon, dont la Corée du Sud.

Après la plainte déposée unilatéralement en 2013 contre la Chine par les Philippines, un tribunal arbitral a été créé.

Etant donné les conflits maritimes et historiques entre la Chine et le Japon, ainsi que les penchants de M. Yanai, il n'est pas surprenant que ce dernier ait plutôt choisi des arbitres partiaux envers la Chine.

En août 2013, alors qu'il était encore en train de les choisir, il a déclaré dans une émission de la chaîne nippone NHK que les îles japonaises étaient "menacées", que le Japon avait des "ennemis" et qu'il avait besoin de renforcer sa puissance militaire pour préserver la sécurité.

"Du point de vue de l'arbitrage, les gens ont pu voir que tout ça a été mené par un groupe de gens qui ne connaissaient pas grand chose aux questions de la mer de Chine méridionale", a estimé Motofumi Asai, ancien fonctionnaire en charge de la Chine au ministère japonais des Affaires étrangères et ancien collègue de M. Yanai

M. Asai a également relevé que M. Yanai avait des liens étroits avec le Premier ministre Abe et qu'il avait présidé une commission d'experts chargée de conseiller M. Abe sur ses projets de lois sécuritaires. "Cet arbitrage a été mené à l'évidence en conformité avec les volontés de l'administration Abe", a-t-il dit.

Pour le politologue Jiro Honzawa, l'arbitrage n'a rien à voir avec la vérité, mais bien avec la politique. "Les Philippines ont été soutenues par les Etats-Unis et le Japon, car ces derniers veulent endiguer la Chine", selon lui.

M. Honzawa critique également la NHK et d'autres médias nippons pour leurs reportages mensongers visant "à couvrir l'administration droitière". "L'arbitrage était un piège tendu par les Etats-Unis et le Japon", écrit-il sur son blog.

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