Patrick Nijs: La Chine, le pays de mes rêves (MAGAZINE)

Publié le 2015-06-27 à 16:35 | french.xinhuanet.com

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par Huang Jian

BEIJING, 27 juin (Xinhua) -- D'abord consul à Shanghai de 1997 à 2000, puis responsable du desk Chine-Mongolie-Japon au sein du ministère belge des Affaires étrangères, consul de Belgique à Hong Kong de 2003 à 2007 et ambassadeur de Belgique en Chine de 2009 à 2013, Patrick Nijs a oeuvré pour la diplomatie entre la Belgique et la Chine pendant une quinzaine d'années consécutives.

A sa retraite, ce diplomate chevronné a choisi de rester en Chine pour continuer à conseiller les entreprises. Voici son parcours unique et enrichissant en Chine, un pays d'Asie pour lequel il éprouve de profondes affinités.

UNE FASCINATION POUR LA CHINE

"Lorsque j'ai pris ma retraite en 2013, j'ai très clairement décidé de ne plus quitter la Chine", affirme Patrick Nijs dans sa maison de Sanlitun, un quartier branché de l'est de Beijing chéri des étrangers de la capitale.

"J'ai une affection profonde pour ce pays que je n'arrive pas vraiment à expliquer, qui est très irrationnelle", poursuit M. Nijs, grand connaisseur de la culture chinoise de la philosophie à la calligraphie en passant par la cuisine. Ainsi, l'ancien diplomate est tout aussi capable de parler du grand calligraphe chinois Wang Xizhi de la dynastie des Jin Orientaux (317-420) que de donner des conseils sur le meilleur vinaigre pour manger des raviolis chinois.

"Depuis que je suis petit, je lis des choses sur la Chine, et très tôt, quand j'étais à l'université, je me suis intéressé à toutes les philosophies orientales, au bouddhisme, au taoïsme, à Mencius, à Conficius, j'ai donc toujours eu un grand intérêt pour la Chine", se souvient-il.

Il a surtout évoqué la langue chinoise, qui est pour lui un objet de fascination. "Le caractère chinois, c'est un art, vous pouvez vous noyer dans l'univers d'un caractère", a-t-il observé.

Outre son attachement à la culture traditionnelle chinoise, M. Nijs n'a pas tari d'éloges sur la cuisine chinoise. "Je suis végétarien et j'aime bien la cuisine chinoise car elle est variée, et si vous êtes végétarien, vous trouvez beaucoup plus facilement des choses qui sont conformes à vos options".

Il a surtout évoqué la cuisine du Yunnan (une province du sud de la Chine) et de la grande variété de ses champignons. "C'est toujours un régal, vous pouvez faire un festin de champignons", se réjouit-il.

Pour lui, une autre raison d'aimer la cuisine chinoise est que les plats sont placés au milieu de la table pour que chacun se serve, ce qui diffère de l'habitude occidentale de "chacun son assiette". "Si on met tout au milieu, chacun se sert, puis on tourne et présente les plats les uns aux autres, je trouve ça très sympathique et très convivial", poursuit-il.

LE "SOFT POWER" DU TAOISME

"Le taoïsme m'a toujours fasciné", affirme M. Nijs, qui est l'un des membres fondateurs de l'Association taoïste de Belgique.

"Lorsque j'étais à l'université, je suis tombé sur la traduction du Tao-tö-king. Depuis, j'ai toujours eu une émotion très particulière avec les textes taoïstes, qui sont des textes d'une magie incroyable".

Pour lui, le taoïsme est une conception de l'énergie. "Il s'agit de la conception de la manière dont vous respirez, de la manière dont vous vous connectez à la circulation des énergies à l'intérieur de votre corps".

Quant à la pratique, M. Nijs précise : "Je médite souvent, mais je n'aime pas trop le dire, je pense que les choses les plus vraies sont les choses silencieuses. Moins on fait de bruit, mieux ça vaut". Il a mis l'accent sur la nécessité de populariser le taoïsme en Chine et de créer des centres pour mieux faire connaître le taoïsme chinois en Europe.

"Je pense qu'il y a un grand enjeu pour la Chine, celui de rayonner à l'extérieur en montrant cette facette douce, tendre et humaine. En permettant au taoïsme de s'exprimer en Europe et de se faire connaître, on va diversifier, rehausser, humaniser l'image de la Chine", ce qui serait une forme de "soft power", le moyen pour une grande civilisation ou un grand pays de se faire accepter autrement que par la force, souligne-t-il.

M. Nijs a exprimé son inquiétude face aux différences entre les cultures européennes et chinoises, l'Europe et la Chine étant deux univers complètement différents. "Comme je suis vraiment dans les deux mondes, j'entends d'un côté et de l'autre beaucoup de choses qui sont antagonistes".

"Il y a beaucoup de choses que nous ressentons dans l'Orient et que nous devons cultiver de manière à nous enrichir sur le plan personnel. Je pense que le taoïsme est d'une grande dimension, cette dimension d'intériorité, cette dimension qui consiste à se lier aux autres plutôt qu'à se vouloir différent, cette dimension qui consiste à aller avec les autres plutôt qu'à vouloir s'imposer", souligne M. Nijs.

LES PAYSANS, L'AME DE LA CHINE

"J'aime beaucoup les paysans chinois. Je pense que l'âme de la Chine est dans la campagne" , estime M. Nijs, qui aime se rendre dans la campagne chinoise, surtout celle du Yunnan, où les gens sont, selon lui, plus détendus et vivants, et où il y a une grande diversité culturelle et écologique.

"Les paysans chinois travaillent dur. J'aime bien m'asseoir avec des paysans, regarder ce qu'ils font, par exemple, construire une maison. On n'a pas besoin de se parler".

Il a attribué cet attachement à son passé africain. "Je suis né dans la campagne africaine, au Congo. J'ai quitté la campagne africaine à l'âge de douze ans, puis j'ai eu un parcours tout asiatique".

"Dans la campagne chinoise, je retrouve les sensations de la campagne africaine. C'est cette combinaison entre mon enfance et mon âge adulte, qui est surtout chinois, qui m'inspire beaucoup. C'est comme si j'arrivais dans la campagne chinoise à trouver deux pôles importants de ma vie", résume-t-il.

Pour lui, dans la campagne chinoise, il y a des aspects caractéristiques d'un pays en voie de développement. "Je suis très curieux de voir comment la campagne chinoise va évoluer, parce qu'avec les options du gouvernement actuel qui vont vers une économie plus verte, vous allez avoir tout une remise en question du développement de la campagne. Cela veut dire qu'on va devoir faire revenir des gens dans la campagne, devoir permettre aux gens de s'y installer, de pouvoir y rester".

"Cela va favoriser le retour de la Chine sur elle-même et permettre à la Chine de retrouver ses racines. L'âme de la Chine est dans la campagne, c'est sans doute à travers ce mouvement de réconciliation entre la ville et la campagne que quelque chose d'intéressant va se passer", dit-il.

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