PARIS, 14 octobre (Xinhua) -- Alors que la mobilisation des élèves se poursuit dans toute la France, la colère de la jeunesse met en lumière la dégradation des conditions matérielles de l'éducation nationale. Dans le même temps, la question du déficit structurel s'invite dans la campagne présidentielle de 2027, creusant les divergences entre les principaux candidats sur la manière de gérer une dette publique devenue faramineuse.
Le système éducatif français traverse une crise d'une ampleur exceptionnelle. Mardi a marqué un tournant dans la mobilisation, avec ce que certains manifestants ont qualifié d'"acte V" et l'organisation de grandes manifestations à l'échelle nationale. Face à cette contestation, le gouvernement tente d'apaiser les tensions dans un climat de crise démocratique plus générale.
Selon l'intersyndicale des organisations étudiantes et lycéennes, quelque 480.000 personnes ont manifesté mardi dans toute la France, contre 161.500 selon le ministère de l'Intérieur. La semaine dernière, les autorités avaient recensé au moins 256.000 manifestants à l'échelle nationale.
A l'approche des vacances scolaires, des associations lycéennes et étudiantes appellent les "gilets jaunes" et les étudiants à prendre le relais à partir du 17 octobre, date à laquelle les "gilets jaunes" ont annoncé leur intention de reprendre les manifestations après le mouvement lancé à l'automne 2018.
Amorcé le 18 septembre 2026 dans un lycée de Créteil, puis marqué par les premiers blocages dans plusieurs établissements d'Ile-de-France, le mouvement de contestation de la jeunesse rassemble des enseignants, des lycéens et des étudiants autour d'un même mot d'ordre : dénoncer la dégradation continue des conditions d'enseignement.
Face à cette situation, les manifestants réclament des renforts humains immédiats pour pallier le non-remplacement chronique des enseignants, une réduction des effectifs dans des classes souvent surchargées, comptant entre 30 et 35 élèves, ainsi qu'un réaménagement des emplois du temps, jugés excessivement chargés. Ils demandent également la rénovation des locaux vétustes ou mal isolés, ainsi qu'une refonte de Parcoursup et du système de contrôle continu, deux sources de forte anxiété pour les élèves.
La contestation a franchi un cap critique début octobre, avec une vague d'interpellations et une série de fermetures d'établissements. La colère s'est traduite par des incidents aux abords de plusieurs lycées, notamment au lycée Jean-Moulin de Béziers, qui accueille 3.000 élèves et a été le théâtre de violents débordements impliquant des individus extérieurs à l'établissement. A Nantes, le hall d'entrée du lycée Nelson-Mandela, récemment rénové, a entièrement été ravagé par un incendie.
Le mouvement s'est également étendu à certaines universités, y compris privées. Plusieurs bâtiments de l'université de Nantes ont subi d'importantes dégradations, entraînant leur fermeture jusqu'à nouvel ordre. Pour faire entendre leurs revendications, les syndicats et les collectifs maintiennent une pression constante sur le gouvernement.
LE DEFICIT, CAUSE PROFONDE DU DELABREMENT SCOLAIRE
Derrière la mobilisation se dessine une réalité de fond : l'insuffisance chronique des moyens budgétaires alloués à l'enseignement public. Ce déficit structurel pèse directement sur le quotidien des élèves et des enseignants. Les données historiques compilées par les chercheurs mettent en évidence une dégradation profonde des conditions de scolarisation. Au cours de l'année scolaire 2024-2025, 9,8% des heures de cours n'ont pas été assurées, contre seulement 5,9% en 1998-1999.
La surcharge des classes accentue ce sentiment de dévalorisation. Alors qu'à la fin des années 1990, les classes des lycées généraux et technologiques comptaient en moyenne 28 élèves, cet effectif atteignait 30 élèves en 2023. Les syndicats soulignent que le manque de postes budgétaires dégagés nuit à l'attractivité du métier d'enseignant et contribue à une pénurie structurelle de personnel. En outre, le salaire des enseignants s'érode sous l'effet de l'inflation, tandis que leurs conditions de travail continuent de se dégrader.
A ces difficultés s'ajoutent les nouveaux défis liés au changement climatique. Dans des bâtiments vétustes, au lendemain d'un été marqué par une canicule, les élèves dénoncent des conditions d'apprentissage éprouvantes, notamment dans des "classes modulaires" où la chaleur étouffante rend le travail insoutenable.
Les députés ont entamé mardi, en séance publique, l'examen de la première partie du projet de loi de finances pour 2027, présenté par le Premier ministre Sébastien Lecornu en Conseil des ministres le 1er octobre et déjà débattu en commission la semaine dernière.
Pour le ministère de l'Education nationale, 28,5 milliards d'euros sur les 89,1 milliards de crédits prévus pour 2027, soit 32%, seront affectés au financement des retraites, selon une annexe du projet de budget 2027 publiée mardi par le gouvernement. A titre de comparaison, cette proportion s'élève à environ 13% en moyenne pour l'ensemble des ministères.
"Il nous faut un budget d'ici la fin de l'année", a martelé à la tribune de l'Assemblée nationale le ministre de l'Economie, Roland Lescure. Défendant un effort de "43 milliards d'euros de mesures nouvelles", il s'est dit prêt à trouver un "compromis" avec les différentes forces politiques, à condition de maintenir l'objectif d'un déficit public limité à 5% du PIB.
Le budget a vivement été critiqué par l'opposition. "Ce gouvernement est incapable de baisser structurellement la dépense", a estimé le député du Rassemblement national (RN) Jean-Philippe Tanguy. De son côté, le président de la commission des Finances, Eric Coquerel, député de La France insoumise (LFI), a dénoncé un "catastrophisme organisé" autour de la dette, "censé faire avaler la pilule austéritaire". Il a accusé le gouvernement de s'attaquer à "tous les services publics", au risque de provoquer une récession. Pour rappel, l'an dernier, Sébastien Lecornu avait eu recours à l'article 49.3 de la Constitution pour faire adopter le budget de l'Etat.
LA DETTE AU COEUR DE LA PRESIDENTIELLE
Cette crise des services publics intervient alors que les finances de l'Etat sont exsangues. A la fin du deuxième trimestre 2026, la dette publique française a atteint 3.595 milliards d'euros, soit 119 % du PIB. A quelques mois de l'élection présidentielle, la gestion de ce gouffre divise profondément les forces politiques, qui se sont affrontées mardi lors d'un débat organisé par le Cercle des économistes.
Pour Edouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat du parti Horizons, la France souffre avant tout d'un excès de dépenses publiques. Son camp préconise des économies drastiques, notamment dans les dépenses sociales et les dispositifs d'assurance publique, estimant qu'il serait irresponsable d'investir massivement sans disposer de financements solides. La réduction des dépenses sociales passerait notamment par une réforme des retraites portant l'âge légal de départ à 65 ans, ainsi que par une refonte de l'assurance-chômage, dans l'optique de stimuler la croissance et de ramener le déficit public "autour de 2% du PIB".
Des propositions assez proches de celles défendues par Gabriel Attal, ancien Premier ministre et candidat du parti Renaissance. A l'opposé, Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise (LFI), qualifie la dette de "pillage fait pour le profit exclusif d'une petite poignée d'individus". Pour desserrer l'étau de la dette, il propose de demander à la Banque de France de geler ou d'effacer plus de 600 milliards d'euros de titres de dette publique.
Quant à Marine Le Pen, patronne du Rassemblement national (RN), elle défend une stratégie alternative visant à rétablir l'équilibre budgétaire primaire en 18 mois et à ramener le déficit public sous la barre des 3% du PIB d'ici 2030. Elle promet 140 milliards d'euros d'économies cumulées d'ici 2032, grâce notamment à une réduction de la contribution française au budget de l'Union européenne et à la suppression de certaines niches fiscales. Elle défend également l'inscription d'une "règle d'or" budgétaire dans la Constitution, soumise à référendum, afin de plafonner la dette publique à 60% du PIB. Fin
