(Multimédia) La grotte de Shuanghedong, la plus longue d'Asie, continue de livrer ses secrets grâce aux expéditions scientifiques internationales - Xinhua - french.news.cn

(Multimédia) La grotte de Shuanghedong, la plus longue d'Asie, continue de livrer ses secrets grâce aux expéditions scientifiques internationales

French.news.cn | 2026-10-08 à 10:44

Un scientifique travaille dans le réseau de grottes de Shuanghedong, à Suiyang, dans la province du Guizhou, dans le sud-ouest de la Chine, le 16 octobre 2024. (Photo : Zhao Fei)

GUIYANG, 8 octobre (Xinhua) -- Pour le spéléologue français Jean Bottazzi, les grottes ne déçoivent jamais. Dans l'immense labyrinthe souterrain de la grotte de Shuanghedong, dans le sud-ouest de la Chine, une mission restée inachevée peut, elle aussi, déboucher sur une découverte inattendue et ouvrir des horizons entièrement nouveaux.

Jean Bottazzi explore ce site depuis plus de vingt ans et a accompagné les vingt-cinq années d'exploration internationale. Située dans le district de Suiyang, dans la province du Guizhou, la grotte est le troisième plus long système de grottes au monde et le plus long en Asie. Le spéléologue se souvient encore de sa première visite, en 2001 : à l'entrée d'une grotte surnommée Mahuang, un vent puissant venu des profondeurs l'avait convaincu qu'un vaste monde souterrain d'exception se cachait ici.

Depuis la première exploration sino-française en 2001, le développement cartographié du système est passé de quelques dizaines de kilomètres de galeries connues à plus de 480 km aujourd'hui.

Les derniers résultats de la 25e expédition spéléologique internationale ont été annoncés à Suiyang fin septembre. Quelque 41,8 kilomètres de galeries se sont ajoutés aux passages cartographiés. Au total, le système s'étend désormais sur 481,5 kilomètres, atteint une dénivellation de 912 mètres et compte 124 entrées interconnectées.

Pour M. Bottazzi, comme pour les scientifiques et explorateurs qui travaillent à ses côtés, la valeur de Shuanghedong ne se mesure pas à sa seule longueur. La grotte constitue un vaste archivage naturel qui conserve les indices de l'évolution des espèces, des changements climatiques et de l'histoire géologique du sud-ouest de la Chine.

En 2025, une étude publiée dans la revue scientifique française Dynamiques environnementales a proposé une limite statistique pour évaluer le développement des grottes karstiques géantes, appelée "la ligne des géants karstiques". L'étude estime que le niveau de développement de la grotte de Shuanghedong a déjà nettement dépassé cette limite et en tire la conclusion suivante : "le seul cas de la grotte de Shuanghedong permet de déduire que les prochaines avancées majeures dans l'étude des grands reliefs karstiques auront très probablement lieu en Chine".

Cette année, lors de la récente expédition internationale, les chercheurs ont découvert neuf fossiles d'individus de pandas géants supplémentaires, pour la plupart dans des galeries nouvellement explorées, portant à 61 le nombre total de fossiles d'individus de pandas géants mis au jour dans la grotte. Ils ont également relevé deux sites portant des traces de griffes de pandas bien nettes.

Wang Deyuan, chercheur associé à l'Institut des ressources en montagne de l'Académie des sciences du Guizhou, estime que ces traces et la structure des galeries offrent des indices sur la mort de certains de ces animaux. D'après lui, les pandas seraient entrés dans la grotte et auraient parcouru plus de dix mètres avant de tomber dans un puits vertical. Survivant à la première chute, ils ont laissé des traces de griffes en tentant de progresser, avant de basculer dans un puits plus profond, où ils se sont retrouvés piégés.

L'expédition a également mis au jour des fossiles d'autres animaux anciens. Parmi eux, des fossiles de tapir géant et de panthère nébuleuse ont été découverts pour la première fois dans la grotte ; le squelette d'un jeune tapir géant figure parmi les spécimens de ce type les plus complets conservés en Chine.

Le spéléologue français Jean Bottazzi assiste à une conférence de presse consacrée aux derniers résultats des recherches menées dans la grotte de Shuanghedong, dans le district de Suiyang, dans la province du Guizhou, dans le sud-ouest de la Chine, le 26 septembre 2023. (Photo : Tao Liang)

Pour M. Bottazzi, toutefois, la fascination de l'exploration souterraine ne réside pas seulement dans ce que l'on trouve, mais aussi dans ce que l'on ne s'attend pas à trouver. Une expédition récente lui a rappelé pourquoi il est tombé amoureux des grottes. L'équipe s'était fixé pour objectif de relier plusieurs grottes à l'extrémité nord du système, mais le but restait hors d'atteinte.

Pourtant, l'histoire ne s'arrête pas là. Alors qu'ils avançaient à tâtons, quelque chose de totalement inattendu est apparu devant eux : un magnifique mur de cristaux de gypse.

"La curiosité a instantanément ravivé le frisson de l'exploration et a ouvert, de manière inattendue, une nouvelle voie", se souvient Jean Bottazzi. "Si nous nous étions focalisés uniquement sur notre objectif, nous n'aurions jamais eu cette surprise. A moitié déçu, à moitié satisfait, c'est là le véritable charme de l'exploration des grottes."

La grotte de Shuanghedong sert également d'archive recelant des indices cachés sur le climat ancien. Selon M. Bottazzi, les chercheurs ont mené des travaux de datation par la série de l'uranium sur des dépôts de calcite présents à l'intérieur de la grotte.

"Tant que nous pourrons trouver des échantillons de calcite d'âges différents et les combiner à une analyse isotopique, nous pourrons obtenir un enregistrement de l'évolution climatique, du présent jusqu'à un million d'années en arrière", explique-t-il. "C'est une archive de paléoclimat extrêmement précieuse."

Cette ligne de recherche a connu une avancée décisive cette année. Grâce à la nouvelle technique de datation isotopique uranium-plomb (U-Pb), l'équipe a déterminé que certains dépôts carbonatés secondaires de la grotte sont vieux de plus de cinq millions d'années. La découverte élargit considérablement le cadre chronologique du développement de Shuanghedong et des grandes grottes des régions karstiques du sud-ouest de la Chine.

Photo de scientifiques français travaillant dans le réseau de grottes de Shuanghedong, à Suiyang, dans la province du Guizhou, dans le sud-ouest de la Chine, le 18 octobre 2024. (Photo : Zhao Fei)

L'immense labyrinthe souterrain n'a pas seulement livré une série de découvertes qui fascinent le monde scientifique ; il est aussi devenu un exemple éloquent de coopération internationale dans la recherche spéléologique. Interrogé sur le partage des données et des cartes des grottes entre chercheurs chinois et étrangers, M. Bottazzi répond sans ambiguïté : "Nous travaillons pour la science. Toutes les données et toutes les cartes sont partagées." Hormis quelques relevés tenus confidentiels le temps des recherches, "aucun secret" entre spéléologues.

Jean Bottazzi est d'ailleurs si profondément conquis par la grotte que, ces dernières années, il s'est installé au village de Shuanghe, à Suiyang. Au fil du temps, il est devenu un visage familier du village, où les habitants l'appellent affectueusement "Lao Rang", autrement dit "le vieux Jean".

Pour lui, il n'existe guère de meilleur endroit que Shuanghe pour explorer les trésors cachés de la Terre. La grotte offre une diversité de paysages, des rivières souterraines et de vastes salles où se déversent des cascades aux galeries fossiles entièrement asséchées.

"Nous explorons comme dans un labyrinthe; on ne peut jamais deviner où mène le passage, et il faut sans cesse réfléchir. Pour l'exploration des grottes, c'est un endroit merveilleusement fascinant", conclut M. Bottazzi. ■

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