Sommet international sur l'espace à Paris : un rendez-vous éclipsé par l'absence des géants américains (PAPIER GENERAL) - Xinhua - french.news.cn

Sommet international sur l'espace à Paris : un rendez-vous éclipsé par l'absence des géants américains (PAPIER GENERAL)

French.news.cn | 2026-09-11 à 12:44

PARIS, 10 septembre (Xinhua) -- Près de 120 pays et régions étaient représentés à Paris, mercredi et jeudi, pour le premier Sommet international sur l'espace. Mais dans les couloirs du Grand Palais, l'absence des poids lourds américains, notamment SpaceX, a mis en lumière les vives tensions entre la quête d'autonomie stratégique de l'Europe et la volonté de Washington de préserver sa suprématie spatiale.

PRESSION DE LA MAISON BLANCHE

Situé à l'angle de l'avenue Franklin-D.-Roosevelt et de l'avenue du Général-Eisenhower, le Grand Palais, choisi pour abriter le sommet, rappelle l'alliance historique franco-américaine. Pourtant, la fracture entre les deux pays était visible jusque dans l'enceinte du bâtiment, où l'absence des géants américains du secteur spatial était particulièrement remarquée.

Selon plusieurs médias français, quatre fleurons de l'industrie spatiale américaine, dont SpaceX et Blue Origin, ont annulé leur participation à la dernière minute. D'après le média américain Politico, citant des sources industrielles et parlementaires, le Bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison Blanche (OSTP) avait incité les entreprises américaines à boycotter le sommet pour éviter de cautionner les orientations européennes. Washington reproche notamment à la France des "pratiques anticoncurrentielles" ainsi qu'une absence de concertation préalable, jugée préjudiciable aux intérêts industriels américains.

La décision a suscité une vive indignation à Paris. "N'ayons pas peur du multilatéralisme", a réagi sur la plate-forme X le ministre français de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace, Philippe Baptiste. L'astronaute français Thomas Pesquet, ambassadeur du sommet, a déploré "les soubresauts de la géopolitique", tandis que Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), a qualifié cette défection d'"un aspect d'affrontement symbolique" entre les deux rives de l'Atlantique.

Les Etats-Unis étaient toutefois représentés par des personnalités de la NASA. Un nouveau contrat de lancement a d'ailleurs été annoncé lors du sommet entre le programme de constellation Amazon Leo et la fusée européenne Ariane 6.

IMPERATIF D'AUTONOMIE

L'Elysée a rappelé le caractère "avant tout européen" du sommet, dans l'objectif de tracer une voie permettant à l'Europe de garantir "sa souveraineté et son autonomie stratégique" face aux grands enjeux spatiaux. Une émancipation que Washington voit d'un mauvais œil, relevait l'hebdomadaire français L'Express, car cela implique "de réduire la dépendance aux Etats-Unis".

"Lorsque le projet Galileo a été proposé pour la première fois, il y a plus de 25 ans, certains se sont demandé pourquoi l'Europe avait besoin de son propre système alors que le GPS existait déjà", a rappelé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans son discours prononcé au sommet de Paris.

"Parce que l'Europe a compris que certaines capacités sont trop critiques pour dépendre d'autrui", a souligné Mme von der Leyen. Pour elle, le secteur spatial étant entrée dans une nouvelle ère, "le même choix se présente à nouveau à l'Europe".

Le retard européen reste criant. Selon la revue française Le Grand Continent, les Etats-Unis ont mis en orbite plus de 4.000 satellites en 2025, contre seulement 13 pour les pays européens. Dans cette compétition, les Européens seront-t-ils "passagers ou pilotes, clients ou prestataire, locataires ou architectes?", a mis en garde le directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA), Josef Aschbacher, lors du sommet de Paris.

Face à un secteur spatial européen "fragile", le président français Emmanuel Macron a plaidé pour une accélération majeure, fixant notamment pour objectifs d'envoyer des Européens dans l'espace d'ici dix ans et de mettre en place une connexion quotidienne depuis l'espace dont la qualité serait comparable à celle de la 5G, deux domaines aujourd'hui dominés par Washington. Il a dénoncé "une forme d'hégémonie" qui freine l'innovation et appelé à une "vraie souveraineté" européenne.

L'Europe tente de répliquer : l'UE déploie la constellation IRIS2, souvent comparée à Starlink. Dans le secteur privé, la jeune pousse européenne The Exploration Company entend concurrencer SpaceX. Sa fondatrice, la Française Hélène Huby, souhaite mettre fin à une dépendance où "chaque année l'Union européenne dépense 500 millions d'euros pour que des capsules américaines transportent ses astronautes".

GOUVERNANCE DE L'ESPACE

L'espace est "le seul grand commun mondial qui ne fasse pas l'objet d'une régulation à la hauteur des enjeux" depuis le traité de 1967, a indiqué le président Macron dans son discours. Il a souligné la nécessité d'une "gouvernance partagée", une initiative qui se heurte frontalement à la position de Washington, Radio France relevant que "les Etats-Unis de Donald Trump rejettent par avance toute régulation internationale".

Quelque jours avant le sommet de Paris, le président américain a publié sur Truth Social une image de la Lune barrée de la mention : "La Lune est à nous". Une provocation dénoncée par l'ancien Premier ministre français Dominique de Villepin, qui a fustigé la voie vers "l'appropriation privée des ressources extraites de l'espace" ouverte par le Space Act américain de 2015, ainsi que le "space-trumpisme" qui cherche à "faire précéder le droit par le fait accompli".

L'Union européenne défend pour sa part son projet de loi spatiale (EU Space Act), destiné à harmoniser les règles du marché intérieur. Le département d'Etat américain l'a vivement critiqué, le jugeant "taillé contre les entreprises américaines". Mme von der Leyen a toutefois réaffirmé sa fermeté au cours du sommet de Paris : "l'espace n'appartient à aucun pays en particulier", et nécessite des règles rigoureuses "pour une utilisation sûre, sécurisée et durable".

En marge du sommet, le Comité des utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique (CUPEEA) des Nations Unies a créé un groupe d'experts sur la connaissance de la situation spatiale (Space Situational Awareness, SSA). Face à la saturation des orbites et des fréquences par des acteurs comme SpaceX, le président rwandais Paul Kagame s'est inquiété du risque de marginalisation des pays du Sud, appelant à un "processus inclusif qui donne aux pays en développement une voix réelle et garantisse que leurs priorités soient présentées de manière équitable". Fin

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