BRUXELLES, 11 mai (Xinhua) -- Une épidémie mortelle d'hantavirus s'est déclarée à bord d'un navire de croisière qui devait accoster dimanche au large des îles Canaries, en Espagne, et a fait trois morts. Les passagers devaient être transférés directement vers des avions qui les attendaient, dans des conditions d'isolement strict. Les responsables et experts mondiaux de la santé ont écarté tout risque de pandémie.
Le navire de croisière Hondius, qui a quitté l'Argentine le 1er avril en transportant plus de 140 passagers et membres d'équipage originaires de 23 pays, a signalé huit cas d'infection, dont trois décès. De plus, six cas ont été confirmés en laboratoire comme étant des infections par le virus des Andes, un hantavirus transmis par les rongeurs, endémique en Amérique du Sud et seule souche connue capable d'une transmission interhumaine limitée.
La transmission a été compliquée par l'itinéraire du navire. Au cours de son voyage, le navire d'expédition polaire a fait escale à Sainte-Hélène, où 30 passagers de douze nationalités ont débarqué, y compris deux personnes dont la nationalité reste inconnue. L'exploitant, Oceanwide Expeditions, a déclaré avoir contacté tous les passagers ayant quitté le navire à Sainte-Hélène dans le cadre des efforts de suivi en cours.
Les experts de la santé affirment que la transmission nécessite un contact étroit et prolongé, et qu'elle est bien moins efficace que celle des virus respiratoires transmissibles par voie aérienne tels que la COVID-19.
Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a fait savoir jeudi lors d'un point presse à Genève que l'incident était "sérieux", mais que le risque pour la santé publique restait faible.
Maria Van Kerkhove, responsable de la préparation et de la prévention des épidémies et des pandémies à l'OMS, a assuré que cette flambée épidémique "ne marque pas le début d'une pandémie" et qu'il ne s'agit "pas de COVID".
LA DÉTECTION TARDIVE COMPLIQUE LA TRAÇABILITÉ
L'épidémie a mis en évidence une chaîne de transmission complexe impliquant des navires, des vols et plusieurs pays, ce qui laisse craindre l'apparition de nouveaux cas dans les semaines à venir.
Les autorités argentines chargées d'enquêter sur l'épidémie ont indiqué que l'hypothèse principale était qu'un couple néerlandais aurait contracté le virus avant d'embarquer, après avoir visité une décharge où des rongeurs étaient probablement présents lors d'une sortie d'observation des oiseaux dans la ville d'Ushuaïa.
Le premier patient connu, le mari du couple, a développé des symptômes à bord du navire le 6 avril et est décédé avant que l'on soupçonne un hantavirus, la maladie ressemblant initialement à d'autres infections respiratoires. Son épouse a ensuite débarqué à Sainte-Hélène alors qu'elle présentait des symptômes et est décédée pendant un vol à destination de Johannesburg, où l'infection a été confirmée. Le troisième cas mortel concernait une autre passagère à bord du navire qui a développé des symptômes le 28 avril et est décédée le 2 mai, selon l'OMS.
L'organisation a averti que d'autres cas pourraient apparaître compte tenu d'une période d'incubation pouvant aller jusqu'à six semaines, bien qu'aucun nouveau cas symptomatique n'ait été signalé à bord.
Les autorités sanitaires françaises ont indiqué qu'un citoyen français qui n'a jamais embarqué sur le navire de croisière était suivi en tant que "cas de contact", après avoir partagé un vol avec un passager infecté.
Selon les médias français, cette évolution laisse penser que la chaîne de transmission pourrait s'étendre de l'environnement confiné du navire de croisière à l'aviation commerciale, ce qui rendrait la recherche des contacts nettement plus difficile.
L'OMS a activé le cadre du Règlement sanitaire international, déployé un expert à bord du navire, et coordonne à présent la recherche multinationale des contacts, les passagers ayant débarqué dans plusieurs ports au cours du voyage. L'agence a également expédié 2.500 kits de dépistage depuis l'Argentine vers cinq pays et publié des directives opérationnelles concernant le débarquement des passagers et la poursuite de leur voyage.
Les Pays-Bas, où est basé l'armateur, coordonnent les évacuations médicales dans le cadre de la réponse menée par l'OMS, plusieurs patients ayant été transférés vers des hôpitaux aux Pays-Bas et en Allemagne. Le Royaume-Uni gère le retour de ses ressortissants et les surveille dans le respect des exigences de quarantaine. Les autorités sud-africaines retracent les contacts liés au cas mortel survenu lors du vol vers Johannesburg.
Cet incident met en évidence la vulnérabilité des navires de croisière en tant qu'environnements de voyage hautement internationaux, confinés et de longue distance, a expliqué à Xinhua le directeur adjoint du département des maladies infectieuses de l'hôpital Huashan affilié à l'université de Fudan, Wang Xinyu.
"Les infections émergentes ou ré-émergentes, rares mais graves, peuvent mettre en évidence des faiblesses structurelles en matière de détection tardive, d'évacuation médicale, de coordination portuaire et de traçage transfrontalier des contacts", a souligné M. Wang. Il a ajouté que les opérateurs de croisière devaient non seulement se préparer à faire face aux maladies respiratoires courantes, mais aussi élaborer des plans d'urgence pour les maladies infectieuses moins fréquentes mais aux conséquences graves.
TRANSMISSION LIMITÉE, FAIBLE RISQUE DE PANDÉMIE
Selon les experts, bien que grave, cette épidémie a peu de chances de se propager à grande échelle en raison du profil de transmission du virus. D'après les registres de santé publique, une transmission interhumaine limitée du virus des Andes a déjà été observée en Argentine et au Chili, principalement au sein des foyers ou dans des environnements très confinés.
Le virologue allemand Jonas Schmidt-Chanasit, de l'Institut Bernhard Nocht de médecine tropicale, a décrit le navire de croisière comme "un véritable incubateur" pour la transmission des maladies infectieuses par rapport aux environnements terrestres ou hospitaliers, en raison de l'espace restreint et des contacts plus étroits entre les individus.
Thomas Hofmann, expert du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), a déclaré que même si une transmission limitée venait à se produire parmi les passagers évacués, le virus ne se propage pas facilement entre les humains, ce qui rend peu probable l'apparition d'épidémies généralisées. Il a ajouté que l'hôte naturel du virus chez les rongeurs, le rat pygmée de rizière à longue queue ou Oligoryzomys longicaudatus, n'était pas présent en Europe, ce qui réduit le risque de transmission locale soutenue.
L'ECDC a publié une note d'évaluation des menaces, recommandant des tests et une surveillance ciblés des passagers et de l'équipage, ainsi que des conseils pour la gestion des arrivées aux points d'entrée de l'Union européenne. Il a indiqué que le risque pour la population en Europe restait "très faible" et qu'une transmission généralisée n'était pas attendue.
Selon le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) des États-Unis, le syndrome pulmonaire à hantavirus se manifeste généralement par de la fatigue, de la fièvre et des douleurs musculaires, suivies d'une toux et d'un essoufflement à mesure que les poumons se remplissent de liquide quelques jours plus tard.
Il n'existe aucun traitement antiviral spécifique ni aucun vaccin largement disponible contre le syndrome pulmonaire à hantavirus, cette maladie respiratoire grave associée à une infection par le virus des Andes. Son traitement reste principalement symptomatique.
Le CDC estime qu'environ 38% des patients qui développent des symptômes respiratoires peuvent décéder des suites de la maladie, souvent dans les 48 heures suivant leur admission à l'hôpital. Fin
