Le refus européen de la "coalition d'Ormuz" de Trump met en lumière les fractures transatlantiques (ANALYSE) - Xinhua - french.news.cn

Le refus européen de la "coalition d'Ormuz" de Trump met en lumière les fractures transatlantiques (ANALYSE)

French.news.cn | 2026-03-18 à 16:17

BRUXELLES, 18 mars (Xinhua) -- La dernière initiative du président américain Donald Trump visant à constituer une coalition pour escorter les navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz s'est heurtée à une forte résistance en Europe, révélant des fractures croissantes dans la relation de sécurité transatlantique, estiment des analystes.

Alors que Washington a intensifié la pression sur les membres de l'OTAN et ses partenaires européens pour qu'ils rejoignent la mission, plusieurs pays européens ont rejeté la proposition ou exprimé leurs réserves, invoquant les risques d'escalade militaire, l'absence de consultations préalables ou encore des priorités stratégiques différentes.

M. Trump avait averti dernier dimanche que l'OTAN pourrait connaître un avenir "très sombre" si ses alliés ne soutenaient pas les efforts américains pour maintenir ouvert le détroit d'Ormuz. Mais loin de susciter un ralliement, cette demande a été accueillie avec une froideur notable à travers l'Europe.

Selon le site Politico, citant des diplomates de l'Union européenne (UE), les ministres des Affaires étrangères réunis à Bruxelles cette semaine se sont montrés quasi-unanimes dans leur opposition à la proposition américaine, exprimant leur réticence à envoyer des navires et des troupes dans un conflit qu'ils n'ont pas initié.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a exclu lundi toute participation militaire à la protection des pétroliers dans le détroit d'Ormuz, rappelant que l'OTAN est "une alliance de défense" et non "une alliance d'intervention".

Le quotidien italien La Repubblica a qualifié l'initiative américaine de "Mission Impossible", soulignant les risques et les coûts élevés liés à la sécurisation de ce passage maritime stratégique.

La France s'est également démarquée d'une approche offensive dirigée par les Etats-Unis. Le président Emmanuel Macron a indiqué que le déploiement de la marine française dans la région constituait une mission "purement défensive et d'escorte", destinée à contribuer à la réouverture du détroit uniquement après la phase la plus intense du conflit.

La réticence s'étend à l'ensemble du bloc européen. La cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, a déclaré lundi que l'Union n'avait pas l'intention d'étendre sa mission navale "Aspides", déployée en mer Rouge, au détroit d'Ormuz, considéré comme une zone à haut risque.

Pedro Candeias, directeur adjoint du quotidien portugais Publico, a estimé dans un éditorial que la politique "America First", souvent caractérisée par des actions unilatérales, pourrait désormais se retourner contre Washington.

Radio France a pour sa part décrit la demande américaine comme le signe d'une stratégie vacillante, soulignant que Washington cherchait désormais le soutien d'alliés qu'il avait auparavant marginalisés. S'aligner sur les Etats-Unis à ce stade pourrait constituer une grave erreur pour l'Europe, selon la radio publique.

PRIORITES STRATEGIQUES DIVERGENTES

Pour de nombreux responsables européens, les tensions au Moyen-Orient sont perçues comme une question bilatérale plutôt que comme une responsabilité collective de l'OTAN.

Ben Bekkering, chercheur senior sur les questions de sécurité et de défense à l'Institut néerlandais des relations internationales Clingendael, a déclaré lundi aux médias locaux que l'OTAN n'était pas tenue d'intervenir.

"Le traité de l'OTAN stipule que les pays ne doivent pas importer leurs conflits bilatéraux au sein de l'Alliance et c'est précisément ce qui se passe ici, notamment compte tenu de la manière dont les Etats-Unis ont initialement agi. En outre, cela se situe en dehors de la zone couverte par le traité", a-t-il expliqué.

Bozo Kovacevic, analyste croate de politique étrangère et ancien ambassadeur à Moscou, a estimé que l'approche de Washington - consistant à formuler des exigences tout en attendant un alignement automatique - fragilisait le principe de consultation et de prise de décision collective qui caractérise traditionnellement les alliances.

Intervenant mardi sur une radio croate, il a affirmé que le refus de nombreux alliés américains de rejoindre la coalition révélait de profondes fissures au sein de l'OTAN.

Les Européens ne veulent pas s'impliquer dans "la guerre de quelqu'un d'autre", a noté Dana Lusa, professeure à la faculté de sciences politiques de l'université de Zagreb. "Il est très difficile d'attendre des pays européens qu'ils risquent leurs forces dans une situation où ils pourraient être directement visés par des attaques iraniennes", a-t-elle ajouté.

Le chroniqueur grec Athanasios Adamopoulos partage cette analyse. Dans le quotidien Naftemporiki, il écrit que les partenaires européens étaient invités à participer à une guerre "dont ils n'ont pas été informés" et "dont ils ignorent les objectifs".

Le commentateur portugais Miguel Baumgartner estime que de nombreux Européens perçoivent l'initiative américaine comme une tentative de partager, voire d'atténuer, les coûts politiques de la guerre.

Des facteurs économiques entrent également en jeu, selon Zhang Xiangrong, professeur associé à l'Institut d'études du Moyen-Orient de l'Université du Nord-Ouest en Chine. Contrairement aux Etats-Unis, l'Europe dépend fortement des marchés mondiaux de l'énergie. Elle est ainsi devenue le principal "porteur de coûts externes" du conflit et se montre beaucoup plus vulnérable à l'instabilité régionale, a-t-il expliqué.

AUTONOMIE STRATEGIQUE EUROPEENNE

Face à la pression croissante de Washington, les dirigeants européens plaident de plus en plus pour des solutions diplomatiques plutôt que pour une escalade militaire.

Josef Gregory Mahoney, professeur de science politique et de relations internationales et directeur du Centre pour la civilisation écologique à l'Université normale de Chine orientale, estime que la seule manière de sécuriser le détroit d'Ormuz est de mettre fin au conflit et de revenir à la diplomatie.

Selon lui, les tentatives américaines de pression sur leurs alliés risquent même de renforcer leur détermination à résister.

L'économiste espagnol Pedro Barragan estime que la situation reflète une tendance plus large : la diversification des positions européennes face aux actions militaires américaines et une volonté croissante de renforcer l'autonomie stratégique du continent.

Oscar Martinez Tapia, politologue à l'IE University de Madrid, estime que depuis les tensions liées au Groenland, les Etats-Unis ont multiplié des actions "hautement performatives et symboliques" visant à projeter l'image d'un pays "de retour sur la scène mondiale" tout en envoyant à l'opinion publique nationale le signal d'un engagement renouvelé dans une compétition de "puissance dure". Ces actions comportent, selon lui, "une forte dimension théâtrale".

Loin de renforcer le leadership américain, la stratégie de Donald Trump autour du détroit d'Ormuz "pourrait ironiquement renforcer l'unité européenne et accélérer la quête d'autonomie militaire de l'Europe au-delà du parapluie sécuritaire américain", conclut M. Martinez Tapia. Fin

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