Sénégal : l'industrie chinoise passe de l'exportation à l'ancrage local (REPORTAGE) - Xinhua - french.news.cn

Sénégal : l'industrie chinoise passe de l'exportation à l'ancrage local (REPORTAGE)

French.news.cn | 2026-02-08 à 20:24

DIAMNIADIO (Sénégal), 8 février (Xinhua) -- Entre les allées bondées du Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD), l'heure n'est plus au simple commerce sur catalogue.

A l'occasion de la 11e édition du Salon international de la construction, de la finition et de l'infrastructure (SENCON) et de la 5e édition du Salon international de l'électricité et des énergies renouvelables (SENENERGY), organisées simultanément du 5 au 7 février à une trentaine de kilomètres de Dakar, les exposants chinois affichent une ambition : s'intégrer plus profondément au tissu industriel ouest-africain.

Sur les stands, les schémas de lignes de production et les plans de réseaux de service après-vente prennent le pas sur les simples listes de prix. Allant des engins de chantier aux compteurs intelligents, les entreprises chinoises opèrent une mutation à plusieurs dimensions : production locale, chaînes d'approvisionnement plus souples et services couvrant l'ensemble du cycle de vie des équipements.

LE "FABRIQUE LOCALEMENT" COMME GAGE DE FIABILITE

Dans le secteur de l'énergie, la marque Livoltek, affiliée au groupe chinois Hexing, illustre ce tournant. Face à l'intérêt croissant pour le solaire, les acheteurs locaux ont affiné leurs exigences.

"Nous ne regardons plus seulement le prix, mais la résistance des équipements à la chaleur extrême et à la corrosion saline," explique Gaye Dieynaba, responsable marketing de l'entreprise sénégalaise Zenil Energy. Selon elle, les onduleurs et compteurs chinois s'imposent désormais par leur maturité technologique.

Cette reconnaissance repose, selon la société chinoise, sur une connaissance fine du terrain. "Près de 70 à 80% des compteurs résidentiels au Sénégal reposent sur nos technologies," avance Lu Zhi, directeur des ventes du groupe.

Pour consolider cette avance, l'entreprise a franchi le pas de la production locale via une coentreprise avec la Société nationale d'électricité du Sénégal, au sein du parc industriel de Diamniadio.

LA FLEXIBILITE D'UNE OFFRE "A LA CARTE"

Au-delà de la technologie, c'est la souplesse de l'offre chinoise qui séduit les promoteurs immobiliers ouest-africains.

Ndongo Niang, directeur de la société de promotion immobilière SOCABEG, compare l'approche chinoise à un service "à la carte".

"Que nous ayons besoin de sanitaires haut de gamme ou de carrelage économique, les fournisseurs chinois adaptent leurs solutions à chaque budget. Cette flexibilité nous permet de répondre à tous les segments de clientèle," souligne-t-il.

Cette capacité d'adaptation s'accompagne d'une restructuration plus profonde de la présence des industriels chinois sur le continent, afin de transformer leur réactivité en avantage durable.

C'est notamment le cas du groupe chinois Lesso, géant de la tuyauterie, qui ne se contente plus d'expédier des conteneurs, mais déploie désormais une stratégie de rayonnement régional. Pour Liu Xintao, responsable commercial au Sénégal, l'enjeu est de contourner les contraintes logistiques, réagir rapidement aux besoins locaux et mieux s'adapter aux évolutions du marché.

En s'appuyant sur ses bases de production déjà opérationnelles dans d'autres pays du continent, comme la Tanzanie ou l'Angola, le groupe construit un maillage capable d'approvisionner l'ensemble de la zone.

"Nous ne vendons plus seulement des tubes, nous mettons en place un dispositif de réponse rapide, adapté à la complexité des marchés locaux," explique-t-il.

Cette recherche de proximité est également partagée par des acteurs plus agiles comme Shandong Hungthai Metal, qui mise sur le potentiel de "l'économie des toitures" en Afrique de l'Ouest. Constatant que la tôle d'acier colorée est devenue un matériau de base, tant pour l'habitat individuel que pour les hangars industriels, l'entreprise envisage de s'implanter au plus près des chantiers afin de "réduire la distance logistique" et de répondre à l'essor de la demande urbaine.

FIN DE L'ERE DU "ONE-SHOT"

Le changement le plus symbolique s'observe sur le segment des poids lourds. Wang Yang, responsable chez China Railway Seventh Group (CRSG), filiale de China Railway Group Limited (CREC), présente les derniers modèles de Sinotruk comme le symbole d'une "deuxième phase" de développement.

"Dès 2014, nous avons amorcé une transition du simple contrat d'ingénierie vers une activité plus diversifiée," explique-t-il.

"En 2025, les marques chinoises ont capté une part prépondérante des importations de camions lourds au Sénégal, Sinotruk détenant à lui seul près de 60% du marché des gros porteurs, selon des données sectorielles," affirme M. Wang. Il attribue ce succès à l'introduction à Dakar du modèle "4S" - vente, pièces de rechange, service et suivi - avec des ateliers de maintenance, des stocks de pièces détachées et des formations destinées aux conducteurs locaux.

Cette montée en puissance ne repose pas uniquement sur la compétitivité tarifaire, mais sur une transformation du modèle de service : face à un marché longtemps dominé par des circuits d'approvisionnement axés sur l'occasion, l'offre chinoise s'appuie davantage sur des véhicules neufs assortis de garanties structurées.

"Sans service après-vente, un véhicule est une solution à court terme ; avec un suivi complet, nous entrons dans un partenariat de long terme," résume-t-il. Fin

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