WUHAN, 17 septembre (Xinhua) -- A Sanshan, village niché sur le cours moyen du fleuve Yangtsé, la statue de la brème de Wuchang se dresse au milieu de la place et attire immédiatement le regard des visiteurs. Plus qu'un simple mets apprécié des convives, ce poisson emblématique est le levier de la revitalisation rurale locale.
Le village de Sanshan, rattaché au bourg de Dushan, dans la ville d'Ezhou, dans la province du Hubei (centre de la Chine), s'étend autour du lac éponyme. Le lac, naguère souillé par les cages flottantes trop denses et les eaux polluées, a retrouvé sa clarté grâce à des travaux d'assainissement. Aujourd'hui, les quelque 9.800 mu d'étangs d'élevage intensif du village (environ 650 hectares) scintillent au soleil : des capteurs connectés mesurent en permanence la température et la teneur en oxygène de l'eau, une aquaculture "intelligente" qui veille sur la qualité du milieu.
S'appuyant sur l'écologie, la technologie et la diversification des activités, la ville de Ezhou a bâti autour de cette espèce une véritable industrie, qui dynamise l'économie et enrichit les habitants ruraux.
Pour pallier la lenteur du cycle de croissance de la brème de Wuchang, qui décourageait les éleveurs, Ezhou s'appuie sur sa ferme nationale de souches reproductrices et sur l'Institut provincial de recherche sur la brème de Wuchang, en partenariat avec des universités, afin de développer un système performant d'amélioration génétique. "La variété 'Huahai 1', sélectionnée par notre équipe, figure depuis quatre ans sur la liste des variétés recommandées par le ministère de l'Agriculture et des Affaires rurales. La génération suivante, la variété 'Huahai 2', se développe plus vite et résiste mieux aux maladies, et le cycle d'élevage des poissons de grande taille, de plus d'un kilo, est raccourci de 30%, explique Gao Zexia, professeure à l'Université d'agriculture de Huazhong.
Ces progrès techniques font que les gros poissons se vendent de mieux en mieux, et l'engouement pour la filière ne cesse de grandir. Wang Ge, jeune natif de Sanshan qui faisait des affaires depuis des années dans la province du Shanxi, est rentré au village en 2022. Il a fondé une coopérative d'éleveurs regroupant plus de 200 familles, puis, en 2024, une société de développement agricole dotée d'une base d'élevage standardisée, d'une chaîne du froid et d'ateliers de transformation.
De l'étang à l'atelier, puis au marché, la chaîne de valeur s'allonge sans cesse. "Nous avons mis au point un procédé de salaison à basse température et faible teneur en sel, et développé une douzaine de produits transformés, séchés ou marinés", précise Wang Ge, dont le chiffre d'affaires, élevage, transformation et magasins compris, a dépassé l'an dernier les 15 millions de yuans. Avec ses partenaires logistiques, son entreprise a mis en place un réseau d'entrepôts reliant zones de production et villes, et expédie le poisson depuis l'aéroport international de Huahu, l'un des principaux hubs de fret aérien du pays, vers toute la Chine. "De l'étang à la table, du poisson vivant livré à domicile" : la promesse est en passe de devenir une réalité.
L'industrie est florissante, le lac est assaini, le village a changé de visage. Le long des rives se sont développés des enclos de maisons de pêcheurs, des échoppes de produits du lac, des maisons d'hôtes, des campings et des cafés ; d'anciennes habitations laissées à l'abandon ont été transformées en lieux prisés des visiteurs. Alliant pêche et tourisme, Sanshan voit ses revenus collectifs dépasser 1,2 million de yuans par an, le revenu annuel moyen par habitant franchir les 40.000 yuans. Plus de 60% de sa main-d'œuvre travaille désormais à proximité de chez elle.
Li Jiayi, de génération Z, y a ouvert un camping qui propose une expérience immersive au bord du lac. "On peut gagner sa vie autrement qu'en élevant des poissons : le paysage est lui aussi une source de revenus", confie-t-elle.
"Mon grand-père élevait des poissons pour se nourrir ; mon père, pour faire vivre la famille", raconte Wu Han, chargé du commerce en ligne de l'entreprise. Pour M. Wu, troisième génération de pisciculteurs, il rêve de faire de la brème de Wuchang une marque connue dans tout le pays.
En 2025, la filière de la brème de Wuchang à Ezhou a généré plus de 20 milliards de yuans, faisant progresser les revenus de 15.000 foyers. Le seul bourg de Dushan compte douze bases d'élevage standardisées et sept entreprises de transformation. "D'un mets de table à un pilier de la prospérité locale, la brème de Wuchang a tracé ici une voie vers la richesse", résume Xiong Deng, secrétaire du comité du Parti pour le bourg de Dushan. Fin
