PARIS, 26 juin (Xinhua) -- Sous un soleil brûlant en début d'après-midi, la température extérieure à Paris a grimpé à 38 degrés Celsius, avec un ressenti encore plus élevé. Au deuxième sous-sol du Forum des Halles, dans le centre de la capitale française, une longue file d'attente s'est formée dans une pharmacie, où de nombreuses personnes venaient acheter des brumes rafraîchissantes et de la crème solaire, tout en profitant au passage de la climatisation.
La France connaît cette semaine sa plus forte chaleur depuis près de 80 ans. A peine le 23 juin était-il devenu journée la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés météorologiques nationaux en 1947 que ce record était battu le lendemain. Selon Météo-France, l'indicateur thermique national sur 24 heures a atteint 30 degrés Celsius le 24 juin, dépassant les 29,9 degrés mesurés la veille. La vague de chaleur s'est poursuivie le 25 juin, avec des températures comprises entre 36 et 40 degrés Celsius sur la majeure partie du territoire, et localement jusqu'à 41 degrés.
"Avec la chaleur, les ventes de brumes hydratantes de différentes marques ont nettement augmenté, et les stocks partent souvent d'un seul coup," a déclaré à Xinhua Lila, employée de la pharmacie.
Dans la pharmacie, Carole, Parisienne, tenait à la main une brume rafraîchissante avant de passer en caisse. "Il n'y a pas de clim dans mon entreprise. Dans un bureau à 35 degrés, il devient vraiment impossible de travailler. J'ai donc demandé des horaires flexibles pour m'adapter à la chaleur, par exemple en arrivant plus tôt afin d'éviter les heures les plus chaudes," a-t-elle expliqué. Elle ajoute que les nuits sont si chaudes qu'elle se réveille fréquemment et ne dort qu'environ quatre à cinq heures par nuit. Elle dit ressentir des gonflements aux doigts, de la fatigue et de l'irritabilité.
Près du Centre Pompidou, Paule, venue de Kiel, en Allemagne, et son mari, se reposaient à l'ombre. Le couple avait planifié son séjour à Paris six mois plus tôt, sans imaginer tomber sur une telle vague de chaleur. Ils avaient initialement prévu de visiter plusieurs sites touristiques, mais ont dû modifier leur itinéraire et leurs horaires, en privilégiant autant que possible les lieux ventilés, ombragés ou disposant d'espaces de repos plus frais. "Hier, nous devions déjeuner au restaurant de la tour Eiffel, mais la réservation a été annulée à cause de la chaleur," a confié Paule, déçue.
La vague de chaleur perturbe fortement le fonctionnement normal de la société française. Santé publique France a indiqué que, depuis le 16 juin, les recours aux urgences pour hyperthermie, déshydratation et hyponatrémie étaient en augmentation continue. La préfecture de police de Paris a indiqué le 25 juin que les interventions de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris avaient doublé par rapport à une journée ordinaire.
Les fortes chaleurs mettent également sous tension les réseaux ferroviaire, électrique et les systèmes de climatisation. La SNCF a indiqué le 25 juin que, sous l'effet de la chaleur, le nombre de trains circulant quotidiennement sur le réseau national était passé d'environ 15.000 à environ 14.000.
Toujours en raison des fortes chaleurs, un incident sur une installation électrique survenu dans la soirée du 23 juin dans le département du Finistère, dans l'ouest de la France, a privé d'électricité environ 68.000 foyers. Le 24 juin, 27.000 foyers ont également été touchés par une panne d'électricité dans les Yvelines.
Les réacteurs nucléaires ayant besoin de prélever de l'eau dans les cours d'eau pour leur refroidissement, avant de rejeter une eau plus chaude, EDF a mis à l'arrêt un réacteur nucléaire le 22 juin et réduit la puissance de deux autres réacteurs afin de ne pas accroître davantage la température du milieu naturel.
Le ministre français de l'Education nationale, Edouard Geffray, a indiqué sur France 2 qu'environ 3.500 établissements scolaires étaient fermés le 25 juin et que 10.000 autres avaient aménagé leurs horaires.
"La vague de chaleur que connaît actuellement la France n'est pas un phénomène météorologique isolé, mais un événement extrême nettement amplifié dans le contexte du changement climatique. Sans l'influence des activités humaines, les températures auraient pu être inférieures de 2 à 4 degrés Celsius," a déclaré à Xinhua par téléphone le climatologue français Jean Jouzel. Selon lui, cette séquence révèle une nouvelle fois l'insuffisance de l'adaptation de la France aux vagues de chaleur. Les écoles, les chemins de fer, l'électricité, les établissements pour personnes âgées, l'agriculture et les activités économiques sont tous soumis à une forte pression.
Jean Jouzel s'est fait connaître en 1987 lorsqu'il a publié, avec Claude Lorius, une étude établissant formellement le lien entre la concentration de CO2 dans l'atmosphère et le réchauffement climatique. "A long terme, l'adaptation seule ne suffira pas. Il faut limiter le réchauffement climatique. Si la hausse des températures atteint 4 degrés Celsius en France à l'avenir, la société aura beaucoup de mal à s'y adapter. Réduire les émissions de gaz à effet de serre et atteindre la neutralité carbone constituent donc le moyen fondamental d'empêcher l'aggravation des vagues de chaleur," a-t-il souligné.
A plus de 22 heures, la température à Paris avoisinait encore les 33 degrés Celsius. Les habitants rouvraient les fenêtres qu'ils avaient maintenues fermées durant la journée pour empêcher la chaleur d'entrer. Météo-France prévoit une baisse des températures dans l'ouest de la France au cours du week-end. Fin
