BEIJING, 28 avril (Xinhua) -- Dès le 1er mai, la majorité des exportations africaines entreront en Chine sans droits de douane. Des analystes africains y voient non seulement un levier supplémentaire pour accéder au plus grand marché du monde, mais aussi une opportunité de redessiner la voie de modernisation à long terme de leur continent, fondée sur l'accès aux marchés, la diversification et la croissance industrielle.
"Avec cette décision tarifaire qui marque un tournant décisif vers la libéralisation des échanges, Beijing se positionne comme un pôle économique alternatif pour un continent de plus en plus méfiant à l'égard du protectionnisme occidental", a écrit Stephen Kamanzi, journaliste à KT Press Rwanda, dans un article publié juste après que le président chinois Xi Jinping avait réaffirmé, dans son message de félicitations aux pays et peuples africains à l'occasion du 39e sommet de l'Union africaine, que la Chine appliquerait pleinement le traitement à zéro droit de douane aux 53 pays africains ayant relations diplomatiques avec elle.
Aux yeux de M. Kamanzi, pour des pays comme le Rwanda, "enclavé, pauvre en ressources naturelles et fortement axé sur la valeur ajoutée", l'accès à l'immense marché chinois représente à la fois une opportunité et une pression.
Le Rwanda, avec 32 autres pays les moins avancés (PMA) en Afrique, bénéficiait déjà du traitement chinois de tarif douanier zéro depuis décembre 2024. L'impact ne s'est pas fait attendre. La suppression totale des droits de douane chinois a permis d'élargir les marges des négociants et des coopératives rwandais, et la prévisibilité de l'accès au marché clé a contribué à stabiliser leur planification à long terme, a fait remarquer M. Kamanzi, tout en soulignant le défi actuel de son pays : progresser dans la chaîne de valeur.
"Si le Rwanda sait saisir cette opportunité, cette révision tarifaire pourrait contribuer à accélérer la concrétisation de ses ambitions de devenir une plaque tournante régionale pour l'industrie légère et les entreprises créatives, des objectifs qui sont au cœur de sa stratégie nationale de développement", espère-t-il.
Au Kenya, la plus grande économie d'Afrique de l'Est est mondialement connue pour ses exportations de thé, de café et de produits horticoles, le journaliste Onyango K'onyango souscrit pleinement à ce constat : la décision de la Chine d'étendre le régime tarifaire zéro à l'ensemble de l'Afrique, incluant ainsi le Kenya, "offre au pays l'occasion non seulement d'accroître ses exportations, mais aussi de repenser sa stratégie commerciale à long terme", a-t-il écrit sur le média en ligne Capital FM basé à Nairobi.
"Si les industriels locaux parviennent à tirer pleinement parti de cet accès préférentiel au marché chinois", prévoit-il, faisant écho à son confrère rwandais, "des secteurs tels que le textile, l'agroalimentaire, la maroquinerie et l'industrie légère pourraient connaître une croissance significative."
Boniface Bounoung Fouda, directeur du département d'Economie à l'Institut des Relations internationales de l'Université de Yaoundé II, voit aussi "une occasion majeure pour la modernisation" de son pays dans l'ouverture du marché chinois. "Le soutien et l'aide de la Chine au Cameroun sont perceptibles à travers de nombreuses réalisations (...) le zéro droit de douane pour 100% des lignes tarifaires est un levier supplémentaire", a-t-il écrit dans le journal officiel du pays, Cameroun Tribune.
Il a appelé ses compatriotes à saisir cette occasion historique comme un accélérateur non seulement pour stimuler le développement du commerce, mais aussi pour réaliser la "transformation structurelle et le développement inclusif prévus dans notre Stratégie nationale de développement 2020-2030".
En Côte d'Ivoire, premier producteur africain et troisième producteur mondial de caoutchouc naturel, l'entreprise chinoise Mainland Group a déjà investi dans plusieurs usines pour transformer le latex en produits standardisés.
"Grâce aux projets de transformation locale, les ressources en caoutchouc ne sont plus simplement exportées à l'état brut : elles subissent désormais une transformation primaire et de haute qualité sur le territoire ivoirien, ce qui constitue un changement qualitatif essentiel pour notre économie", a souligné Kouya Bertin Gomun, le conseiller commercial à l'Ambassade de Côte d'Ivoire en Chine.
"A long terme, cela renforce la compétitivité de l'industrie du caoutchouc et offre un modèle reproductible pour le coton, le cacao et d'autres secteurs clés, favorisant ainsi une industrialisation autonome et durable pour notre pays", a-t-il ajouté.
Pour attirer davantage de grands investisseurs industriels, le conseiller commercial ivoirien a promis que son pays offrirait des services administratifs efficaces et des mesures incitatives, telles que des exonérations fiscales pour les projets de transformation et l'exemption de droits de douane sur l'importation d'équipements.
"La politique du zéro droit de douane élargit l'accès au marché chinois, favorise la transformation industrielle ivoirienne et augmente la valeur ajoutée de nos produits exportés", a-t-il conclu. "Nous attirons de grandes entreprises chinoises pour créer un cycle vertueux associant ressources ivoiriennes, technologie chinoise et marché chinois. La coopération s'étend désormais à de nombreux secteurs, apportant une dynamique durable aux échanges sino-africains." Fin
