BERLIN, 20 mars (Xinhua) -- Alors que le soleil se couche sur l'Oder, le contraste entre les deux côtés de la frontière apparaît de manière saisissante. Du côté allemand, les stations-service restent pour la plupart désertes. A quelques centaines de mètres de là, de l'autre côté du pont en Pologne, les pompes, en revanche, bourdonnent d'activité - principalement grâce aux voitures immatriculées en Allemagne.
Depuis que la situation s'est considérablement envenimée au Moyen-Orient fin février, les marchés mondiaux de l'énergie connaissent une forte hausse. Pour les Allemands, déjà aux prises avec une transition énergétique nationale complexe, les hausses de prix à la pompe ne font qu'accroître leurs difficultés.
Dans une station-service près de Berlin, faire le plein d'un peu plus de la moitié d'un réservoir coûte désormais 96 euros (environ 111 dollars), contre environ 70 euros avant la guerre américano-israélienne contre l'Iran.
A Francfort-sur-l'Oder, une ville frontalière située à environ 90 minutes en voiture de Berlin, les prix du diesel et de l'essence ont grimpé respectivement à 2,149 et 2,029 euros (2,5 et 2,35 dollars) le litre.
"Je ne fais le plein ici que parce que c'est une voiture de fonction, je dois donc respecter les règles comptables et fiscales", a déclaré Markus, un employé local, à Xinhua dans une station-service de Francfort-sur-l'Oder. "Si c'était ma voiture personnelle, je traverserais ce pont en un clin d'œil. C'est environ 40 centimes moins cher au litre de l'autre côté".
A quelques pas de là, de l'autre côté du pont menant à la ville polonaise de Slubice, les conducteurs allemands envahissent les stations-service. Avec un prix de l'essence avoisinant 1,61 euro (1,86 dollar) le litre, les économies réalisées sont difficiles à ignorer.
"Je viens d'économiser environ 30 euros sur un plein", a témoigné Claudia, qui travaille de l'autre côté de l'Oder mais se rend en Pologne pour faire le plein. "Les prix en Allemagne augmentent trop vite depuis le début de la guerre. Chaque euro compte en ce moment".
Pour certains, ce trajet est devenu plus qu'un simple arrêt rapide : il s'est transformé en une forme de "tourisme à la pompe".
Thomas Genoth, directeur de publication à Halle, en Allemagne, a parcouru plus de 200km en voiture avec son épouse pour se rendre à Slubice.
"Nous faisons le plein, achetons des produits alimentaires et des articles ménagers qui sont moins chers ici, puis nous dégustons un repas traditionnel polonais", a-t-il dit.
Ayant été militaire dans les années 1980, M. Genoth a exprimé sa frustration face à la situation géopolitique actuelle. "On a l'impression que la pression énergétique finit toujours par retomber sur les gens ordinaires".
Des correspondants de Xinhua ont observé à Slubice que, outre le fait de faire le plein, certains conducteurs allemands remplissaient également des bidons en plastique de rechange avec du carburant moins cher.
En réponse, les autorités allemandes ont renforcé la surveillance. Des contrôles ponctuels sont effectués aux postes-frontières afin de lutter contre le transport illégal de carburant. Si les conducteurs sont libres de faire le plein, ils ne sont autorisés à transporter que 20 litres maximum hors taxes dans des bidons supplémentaires.
Pour protéger les consommateurs contre les fluctuations rapides des prix, le gouvernement allemand accélère la mise en place d'un nouveau plan d'aide, comprenant notamment une proposition visant à autoriser les stations-service à n'augmenter leurs prix qu'une seule fois par jour.
"La hausse des prix de l'essence provoquée par la crise en Iran est une source de préoccupation pour de nombreuses personnes", a reconnu le chancelier allemand Friedrich Merz sur X, soulignant l'engagement du gouvernement à alléger la charge qui pèse sur les consommateurs. Fin
