BEIJING, 29 octobre (Xinhua) -- Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré à l'issue du sommet européen du 23 octobre que les dirigeants de l'Union européenne (UE) avaient donné leur feu vert pour finaliser l'accord commercial avec le bloc sud-américain du Mercosur, provoquant alors la confusion.
Le lendemain, l'agence de presse allemande DPA a rapporté que plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement européens avaient rapidement démenti ses propos.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, qui présidait la réunion, a précisé que les dirigeants s'étaient simplement entendus pour demander à leurs ambassadeurs de régler certains problèmes techniques liés aux traductions.
Mais cette déclaration a semé le trouble parmi les délégations, ont indiqué plusieurs diplomates, car le Conseil européen ne procède généralement pas à des votes sur les accords commerciaux - encore moins sur un traité aussi controversé que celui conclu avec le Mercosur, qui regroupe l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay et le Paraguay, et dont les négociations durent depuis plus de vingt-cinq ans.
Cela reflète les nombreuses incertitudes qui persistent au sein de l'UE sur la manière d'aborder cet accord commercial.
LES INQUIETUDES DU MONDE AGRICOLE EUROPEEN
Le 8 octobre, la Commission européenne avait proposé de nouvelles clauses de sauvegarde afin d'apaiser les inquiétudes des agriculteurs concernant l'accord, en permettant de suspendre les avantages commerciaux accordés aux importations agroalimentaires en provenance du Mercosur si ces dernières augmentaient fortement ou entraînaient une chute brutale des prix pour les producteurs européens. Cependant, le scepticisme a persisté au sein du secteur agricole européen malgré ces garanties.
Le 14 octobre a d'ailleurs été une journée de mobilisation organisée à Paris par la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français, et une cinquantaine d'organisations citoyennes et environnementales pour demander l'arrêt du processus de ratification de l'accord UE-Mercosur lancé par Bruxelles le 3 septembre dernier. L'un des slogans scandés a été : "Mercosur, mort à coup sûr".
Précédemment, lors d'une table ronde de syndicats agricoles le 23 septembre dernier, retransmise par la chaîne parlementaire LCP, il y a eu unanimité des syndicats et des députés français de tous bords à exprimer son désaccord.
Certes, a concédé la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA), les échanges sont nécessaires si les Français veulent continuer à boire un café le matin, mais la réciprocité est exigée.
Selon Véronique Le Floch, présidente de la Coordination rurale, c'est un agricide qui se prépare. Ce traité condamne notre souveraineté alimentaire, a-t-elle dit, rappelant l'embargo des Etats-Unis sur le soja en 1973. Il y a eu une exception culturelle aux accords du GATT en 1994, on attend un tel courage politique aujourd'hui, a-t-elle poursuivi, en appelant à une exception agricole.
Apportant son soutien à la Confédération paysanne, la députée européenne LFI Manon Aubry a estimé le 15 octobre que cet accord était "le pire signé par l'UE", selon l'AFP.
La France, la Pologne et l'Italie sont défavorables à cet accord, de même que l'Autriche, l'Irlande et les Pays-Bas.
UN ACCORD UE-MERCOSUR TOUJOURS INCERTAIN
Dans une tribune parue en octobre dans Le Monde diplomatique, intitulée "L'Europe à contresens sur l'autoroute de l'histoire", le syndicaliste et ancien secrétaire général de Solidaires Douanes, Morvan Burel, souligne que le contexte prévalant aux origines de l'accord a complètement changé : "Imaginé il y a plus de vingt-cinq ans, au temps du libre-échangisme triomphant, (cet accord) suscite un rejet croissant", écrit-il en dénonçant le fait que la Commission n'en a pas moins choisi de précipiter sa ratification, alors que de nombreux pays adoptent désormais des politiques protectionnistes.
Le quotidien Le Monde a rappelé que le 12 novembre 2024, six cents parlementaires de l'Assemblée nationale, du Sénat et du Parlement européen signaient une tribune soulignant que "les conditions démocratiques, économiques, environnementales et sociales ne sont pas réunies pour la conclusion et l'adoption d'un accord avec le Mercosur".
Ce journal avait indiqué le 14 octobre dernier que, outre le risque d'une concurrence exacerbée qui inquiète les agriculteurs européens, pour beaucoup d'experts, le principal risque environnemental de ce projet de traité est l'introduction, dans sa version conclue en décembre 2024, d'un mécanisme dit "de rééquilibrage" qui permet à l'une des parties signataires de faire valoir son intérêt commercial et demander une compensation si une mesure prise par l'autre partie "affecte défavorablement le commerce".
Selon les estimations de la Commission, la libéralisation des échanges avec l'Amérique du Sud entraînerait une augmentation des exportations européennes de 39% (l'équivalent de 49 milliards d'euros), ce qui permettrait la création de 440.000 emplois en Europe. Reste à voir ce que voteront les conseils européens et les eurodéputés lors de la prochaine étape. Il est probable qu'il soit rejeté ou reporté dans son état actuel.
La ratification finale dépendra du vote des parlements nationaux et du Parlement européen, de nombreux observateurs s'attendent à ce que le traité soit également rejeté ou repoussé. Fin
