HEFEI, 7 mars (Xinhua) -- Sur le tronçon isolé de Ruoqiang d'une route nationale dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, Xie Lin transporte 30 tonnes de marchandises sur son camion de 17 mètres de long.
La plupart du temps, son seul compagnon de route est l'interminable désert de Gobi, avec ses dunes de sable ondulantes et ses peupliers.
"Bien que certains conducteurs disent que c'est difficile, je suis très détendue au volant, regardant le désert et écoutant de la musique", explique Mme Xie.
Mme Xie, conductrice de camion âgée de 54 ans, originaire de la province chinoise de l'Anhui (est), travaille pour une entreprise de logistique basée dans la province. Sur les quelque 1.300 chauffeurs routiers employés par l'entreprise, elle est la seule femme.
"De nombreux clients m'appellent "superwoman" lorsqu'ils me voient parcourir de longues distances pour livrer des marchandises toute seule", déclare-t-elle.
Depuis 1995, l'année où elle a commencé à travailler dans cette entreprise, Mme Xie a parcouru plus de 5 millions de kilomètres. La plupart du temps, elle était en route vers et en provenance du Xinjiang. Toutefois, son amour des camions remonte à son enfance.
Lorsqu'elle avait 10 ans, son père a pris sa retraite de l'armée et a travaillé comme chauffeur routier au sein de la flotte de véhicules d'une cimenterie de la ville de Suzhou aujourd'hui de l'Anhui.
"A l'époque, je courais en direction du parc automobile après l'école et j'apprenais à réparer des véhicules avec mon père et ses collègues. Même si mes mains étaient sales, c'était le seul moyen pour moi d'avoir le sentiment d'être une conductrice comme eux, se souvient-elle.
Les week-ends, les membres de la flotte de véhicules l'emmenaient dans les villes environnantes pour livrer du ciment.
En 1989, à l'âge de 20 ans, elle a obtenu son permis de conduire. Vers 1995, elle a acheté un camion d'occasion et a commencé à travailler pour une entreprise de logistique dans la ville de Huabei de l'Anhui.
En 2003, Mme Xie et son frère ont commencé à livrer des marchandises de la région du delta du fleuve Yangtsé au Xinjiang. Au cours d'un voyage, ils ont rencontré des problèmes inattendus.
Ils transportaient des machines à laver et des réfrigérateurs de la ville côtière de Ningbo vers le Xinjiang. Lorsqu'ils sont arrivés dans la province du Gansu (nord-ouest), la route a été fermée à cause de la construction de l'autoroute Lianyungang-Horgos, qui relie la ville de Lianyungang, dans la province du Jiangsu, dans l'est de la Chine, à la ville de Horgos, dans le Xinjiang.
Mme Xie a dû faire un détour par une piste temporaire à travers le désert. Mais comme la route était accidentée, l'attelage reliant la remorque et le camion s'est cassé, et les marchandises sont tombées par terre.
"Mon frère est resté sur place pour surveiller les marchandises, tandis que j'ai parcouru environ 80 kilomètres jusqu'à un site de réparation. Il m'a fallu deux jours pour faire réparer le camion et revenir", évoque-t-elle.
Depuis 2005, date à laquelle son frère a acheté son propre camion, elle doit conduire toute seule. "A l'époque, au Xinjiang, j'ai surtout emprunté la route nationale, même si parfois j'ai dû prendre les routes du désert et des petites routes qui ne figuraient même pas sur les cartes."
Le 31 décembre 2014, l'autoroute Lianyungang-Horgos a été entièrement ouverte à la circulation.
Selon elle, les routes en Chine sont devenues plus larges et plus fluides ces dernières années, tandis que l'efficacité des transports s'est beaucoup améliorée.
"Il fallait auparavant neuf jours pour relier Hangzhou, capitale de la province chinoise du Zhejiang (est), à Urumqi, capitale régionale du Xinjiang. Mais maintenant, le même trajet peut être effectué en quatre jours et quatre nuits", a-t-elle déclaré.
La section de Ruoqiang de la route nationale 218, sur lequel Mme Xie circule souvent, est un témoignage du développement routier du Xinjiang. Il reste une route en briques qui a été mise en service en 1971. A côté d'elle se trouve la route nationale, ouverte à la circulation en 2001, ainsi qu'une autoroute et une voie ferrée, ouvertes à la circulation ces dernières années.
En septembre 2022, la longueur totale des routes du Xinjiang avait atteint 217.300 km et le kilométrage des autoroutes de première classe de la région dépassait 10.000 km, selon le département régional des transports.
"Au cours des 20 dernières années, les routes que j'ai empruntées, les marchandises que j'ai transportées et les paysages le long du chemin ont tous changé", raconte Mme Xie. Au début, la plupart des marchandises qu'elle transportait au Xinjiang étaient constituées de petits appareils ménagers. Cependant, depuis 2014, les équipements utilisés pour la production d'énergie photovoltaïque sont devenus plus courants.
"Il y a de plus en plus de centrales photovoltaïques et de projets d'énergie éolienne au Xinjiang", précise-t-elle. "J'ai vu et ressenti les changements et le développement social du Xinjiang".
En outre, l'environnement écologique s'est amélioré, comme en témoigne l'apparition d'animaux sauvages. Ces dernières années, Mme Xie a souvent été agréablement surprise de rencontrer des animaux sauvages au cours de ses voyages.
"Dans le sud du Xinjiang, on aperçoit souvent différents animaux, comme des lynx et des antilopes tibétaines", explique Mme Xie, ajoutant que le Xinjiang a construit des passages pour animaux le long des autoroutes et des voies ferrées, et a installé des panneaux pour rappeler aux conducteurs de faire attention.
Mme Xie s'est fait de nombreux d'amis au Xinjiang. Certains d'entre eux parcouraient des dizaines de kilomètres pour l'emmener chez eux lorsqu'ils apprenaient son arrivée.
"Le Xinjiang est ma deuxième patrie", a-t-elle indiqué.
En janvier 2023, Mme Xie a été élue députée à l'Assemblée populaire provinciale de l'Anhui. Afin d'améliorer la vie professionnelle des chauffeurs routiers, elle a appelé à la construction de plus de "foyers pour chauffeurs" sur les aires de services des autoroutes, permettant aux chauffeurs de dormir, de prendre une douche et de faire leur lessive.
Mme Xie prévoit de prendre sa retraite dans deux ans.
"J'ai un jour pensé à changer de métier, mais je me suis aperçue que je ne pouvais pas rester au même endroit", explique-t-elle. "Lorsque je voyage, je peux voir de magnifiques paysages au cours des différentes saisons, être témoin des changements rapides au Xinjiang et me faire de bons amis. Je conserverai un excellent souvenir du temps passé sur la route." Fin
