En France comme en Europe, il faut s'attaquer aux racines du populisme, plaide une politologue (INTERVIEW)

Publié le 2017-05-08 à 03:26 | french.xinhuanet.com

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PARIS, 7 mai (Xinhua) -- La course finale à l'Elysée ne doit pas faire oublier qu'un Français sur deux a voté pour des candidats populistes, tel est l'enseignement majeur qu'il faut tirer de la présidentielle 2017, estime la professeure de droit européen à l'Institut d'Etudes Politiques (IEP) de Strasbourg, Frédérique Berrod, lors d'une récente interview accordée à Xinhua.

"Le grand danger, c'est qu'au lendemain de la présidentielle, l'on fasse comme on a toujours fait... et que l'actualité chasse les résultats du 23 avril dont il faut pourtant tirer les leçons. Au premier tour, les scores des candidats qui se réclament d'une manière ou d'une autre d'une forme de populisme représentent quasiment la moitié des suffrages. C'est vraiment considérable!", insiste Frédérique Berrod.

"Cela finit par devenir très risqué, car il n'y a fondamentalement pas de raison pour qu'à un moment donné, un parti populiste n'accède pas au pouvoir. Le vrai défi consiste à savoir comment gérer ce phénomène", renchérit-elle.

Le populisme, de gauche comme de droite, a un "fond commun à beaucoup de pays européens", relève la professeure à Sciences Po à Strasbourg et au collège d'Europe de Bruges (Belgique).

"La crise de la démocratie se manifeste par une décrédibilisation de la parole politique. Les gens ne croient plus aux promesses électorales, la suspicion à l'égard de la classe politique est omniprésente. Le rejet des partis traditionnels se traduit par une forte demande de renouvellement", résume-t-elle.

"D'autre part, sur le terreau d'une crise économique et sociale très forte, le discours populiste fleurit en proposant des solutions très simplistes - qui bien souvent n'en sont pas - mais qui répondent à une vraie angoisse de la population", explique-t-elle.

"Le discours protectionniste est assez similaire chez les populistes de droite et de gauche car il est difficile de concevoir un protectionnisme qui ne soit pas nationaliste", ajoute-t-elle.

Interrogé par Xinhua sur les moyens de contrer la montée des populismes, Frédérique Berrod considère que le discours consistant à répéter que "le protectionnisme, c'est la guerre" n'est pas efficace. "Il faut sortir du manichéisme total dans lequel on est en train de tomber, ce front contre front, sans mauvais jeu de mot. Il faut aussi entendre les peurs exprimées par une partie de l'électorat, trouver des mesures transitoires plus satisfaisantes pour accompagner les fermetures d'usines par exemple".

"Le choix de société doit être plus clairement affirmé", la spécialiste de droit européen qui observe un retournement d'atmosphère. "Les lignes commencent à bouger, l'idée d'Europe est à nouveau défendue. Avec les négociations sur le Brexit, la question des droits sociaux revient sur le devant de la scène. Celle des valeurs européennes aussi. On le voit dans les positions de plusieurs leaders européens face à ce qui se passe en Hongrie ou en Pologne. Mais il faut aussi que l'UE arrive à produire des résultats en matière de politique économique", estime-t-elle.

"Au sein de l'UE, on a toujours communautarisé les échecs, et nationalisé les succès! L'Exécutif bruxellois est pointé du doigt mais, dans la réalité, tout le monde sait que les directives et les règlements ne tombent pas sur la tête des Etats comme les tables de la loi sur la tête de Moïse... Le problème, c'est la méfiance des Etats vis-à-vis de l'UE et réciproquement", juge la spécialiste de droit européen.

Concernant le positionnement pro-européen d'Emmanuel Macron, Frédérique Berrod relève qu'il "a clairement pris parti pour l'Europe telle qu'elle a été construite depuis 60 ans et qu'il a intégré dans son discours une Europe qui protège avec plus de coopération sur certains sujets, tout en soutenant une Europe plus différenciée". Le fondateur d'En Marche! "est très bien vu des instances européennes", "il maîtrise le langage des institutions européennes" et est convaincu que la "relance de l'idée européenne ne peut se faire qu'à travers l'action de plusieurs Etats", souligne-t-elle.

"S'il manœuvre correctement, les Etats du Sud, même la Grèce, peuvent être des alliés. Il peut être assez consensuel. Ses réformes sont très attendues par les partenaires européens", poursuit-elle.

Avec une élection d'Emmanuel Macron, "l'image de la France serait moins brouillée à l'étranger", "mais en interne, cela risque d'être très compliqué. Des mouvements sociaux sont très probables", relève Frédérique Berrod.

Quant aux législatives de juin, la politologue observe pour l'instant une "grande volatilité". Quels seront les candidats d'En Marche! investis? Quelle stratégie adopteront-ils? "Les choses vont se décanter un peu en fonction des signaux donnés par la constitution du gouvernement", dit-elle.

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En France comme en Europe, il faut s'attaquer aux racines du populisme, plaide une politologue (INTERVIEW)

Publié le 2017-05-08 à 03:26 | french.xinhuanet.com

PARIS, 7 mai (Xinhua) -- La course finale à l'Elysée ne doit pas faire oublier qu'un Français sur deux a voté pour des candidats populistes, tel est l'enseignement majeur qu'il faut tirer de la présidentielle 2017, estime la professeure de droit européen à l'Institut d'Etudes Politiques (IEP) de Strasbourg, Frédérique Berrod, lors d'une récente interview accordée à Xinhua.

"Le grand danger, c'est qu'au lendemain de la présidentielle, l'on fasse comme on a toujours fait... et que l'actualité chasse les résultats du 23 avril dont il faut pourtant tirer les leçons. Au premier tour, les scores des candidats qui se réclament d'une manière ou d'une autre d'une forme de populisme représentent quasiment la moitié des suffrages. C'est vraiment considérable!", insiste Frédérique Berrod.

"Cela finit par devenir très risqué, car il n'y a fondamentalement pas de raison pour qu'à un moment donné, un parti populiste n'accède pas au pouvoir. Le vrai défi consiste à savoir comment gérer ce phénomène", renchérit-elle.

Le populisme, de gauche comme de droite, a un "fond commun à beaucoup de pays européens", relève la professeure à Sciences Po à Strasbourg et au collège d'Europe de Bruges (Belgique).

"La crise de la démocratie se manifeste par une décrédibilisation de la parole politique. Les gens ne croient plus aux promesses électorales, la suspicion à l'égard de la classe politique est omniprésente. Le rejet des partis traditionnels se traduit par une forte demande de renouvellement", résume-t-elle.

"D'autre part, sur le terreau d'une crise économique et sociale très forte, le discours populiste fleurit en proposant des solutions très simplistes - qui bien souvent n'en sont pas - mais qui répondent à une vraie angoisse de la population", explique-t-elle.

"Le discours protectionniste est assez similaire chez les populistes de droite et de gauche car il est difficile de concevoir un protectionnisme qui ne soit pas nationaliste", ajoute-t-elle.

Interrogé par Xinhua sur les moyens de contrer la montée des populismes, Frédérique Berrod considère que le discours consistant à répéter que "le protectionnisme, c'est la guerre" n'est pas efficace. "Il faut sortir du manichéisme total dans lequel on est en train de tomber, ce front contre front, sans mauvais jeu de mot. Il faut aussi entendre les peurs exprimées par une partie de l'électorat, trouver des mesures transitoires plus satisfaisantes pour accompagner les fermetures d'usines par exemple".

"Le choix de société doit être plus clairement affirmé", la spécialiste de droit européen qui observe un retournement d'atmosphère. "Les lignes commencent à bouger, l'idée d'Europe est à nouveau défendue. Avec les négociations sur le Brexit, la question des droits sociaux revient sur le devant de la scène. Celle des valeurs européennes aussi. On le voit dans les positions de plusieurs leaders européens face à ce qui se passe en Hongrie ou en Pologne. Mais il faut aussi que l'UE arrive à produire des résultats en matière de politique économique", estime-t-elle.

"Au sein de l'UE, on a toujours communautarisé les échecs, et nationalisé les succès! L'Exécutif bruxellois est pointé du doigt mais, dans la réalité, tout le monde sait que les directives et les règlements ne tombent pas sur la tête des Etats comme les tables de la loi sur la tête de Moïse... Le problème, c'est la méfiance des Etats vis-à-vis de l'UE et réciproquement", juge la spécialiste de droit européen.

Concernant le positionnement pro-européen d'Emmanuel Macron, Frédérique Berrod relève qu'il "a clairement pris parti pour l'Europe telle qu'elle a été construite depuis 60 ans et qu'il a intégré dans son discours une Europe qui protège avec plus de coopération sur certains sujets, tout en soutenant une Europe plus différenciée". Le fondateur d'En Marche! "est très bien vu des instances européennes", "il maîtrise le langage des institutions européennes" et est convaincu que la "relance de l'idée européenne ne peut se faire qu'à travers l'action de plusieurs Etats", souligne-t-elle.

"S'il manœuvre correctement, les Etats du Sud, même la Grèce, peuvent être des alliés. Il peut être assez consensuel. Ses réformes sont très attendues par les partenaires européens", poursuit-elle.

Avec une élection d'Emmanuel Macron, "l'image de la France serait moins brouillée à l'étranger", "mais en interne, cela risque d'être très compliqué. Des mouvements sociaux sont très probables", relève Frédérique Berrod.

Quant aux législatives de juin, la politologue observe pour l'instant une "grande volatilité". Quels seront les candidats d'En Marche! investis? Quelle stratégie adopteront-ils? "Les choses vont se décanter un peu en fonction des signaux donnés par la constitution du gouvernement", dit-elle.

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