France/Présidentielle: Emmanuel Macron, le candidat "attrape-tout" (ANALYSE)

Publié le 2017-03-03 à 20:30 | french.xinhuanet.com

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PARIS, 3 mars (Xinhua) -- Au delà du train de mesures et d'annonces en tout genre présentées jeudi par Emmanuel Macron, l'outsider devenu favori, on peut néanmoins raisonnablement s'interroger sur la lisibilité du positionnement ni droite-ni gauche de l'ancien ministre de François Hollande et sur sa capacité à rassembler dans les urnes à l'issue d'une campagne présidentielle imprévisible.

Dévoilé pour la première fois jeudi dans son intégralité, le programme du fondateur d'"En marche!" apparaît si multiforme que nombre d'analystes restent circonspects. L'ancien ministre de l'économie du président Hollande qui s'est lancé dans la course à l'Elysée a pourtant le vent en poupe, notamment dans les sondages. D'autant qu'il a engrangé de nombreux soutiens, et le récent ralliement du centriste François Bayrou.

A 39 ans, Emmanuel Macron se drape des habits du renouveau et cultive l'image de l'homme qui veut dépasser les clivages et privilégier une "troisième voie". "Est-ce un projet de droite, est-ce un projet de gauche ? Ma réponse, c'est que c' est un projet pour faire entrer la France dans le XXIe siècle, faire réussir le pays, et donner à chacun une place dans la société", a-t-il d'ailleurs lancé, jeudi, à moins de deux mois du premier tour, lors d'une présentation savamment orchestrée et policée.

Devant plus de 300 journalistes français et étrangers, l'ancien banquier d'affaires a égrené son programme renvoyant aux fiches thématiques élaborées par "500 experts" déclinées sur son site de campagne. Objectif premier du candidat à la présidentielle: couper court aux attaques sur son "absence de programme" et faire oublier qu'il avait maladroitement déclaré en février dernier que c'était une "erreur" de penser que le programme était "le coeur" d'une campagne.

Le candidat d'En Marche! a ainsi détaillé ses six chantiers prioritaires: l'éducation et la culture, la société du travail, la modernisation de l'économie, le renforcement de la sécurité du pays, le renouveau démocratique et la défense des intérêts français sur le plan international.

"C'est un programme centriste, que l'on peut qualifier de social-libéral: il met l'accent sur l'investissement, le pouvoir d' achat et les salaires, et en même temps veut faire revenir la France dans la moyenne européenne des déficits publics et améliorer la compétitivité de l'économie", résume Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po.

"Emmanuel Macron veut se situer à l'intersection de la droite et de la gauche. On trouve dans son programme des mesures économiques qu'un candidat de droite centriste ne bouderait pas (60 milliards d' économies dans les dépenses supportées par l'Etat et les collectivités locales, la réforme de l'indemnisation chômage et de l' assurance maladie) et aussi des dimensions sociales et notamment d'investissement sur l'avenir (la formation, la transition écologique) qui sont assez importantes", argumente l'universitaire.

"L' une des propositions qui a le plus marqué, c'est l'exonération pour 80% des foyers de la taxe d' habitation. Pour le reste, ce sont des mesures plutôt dans la continuité de ce qu' on a vu avec Manuel Valls comme Premier ministre ou candidat à la primaire: compétitivité des entreprises, réduction des dépenses publiques et des déficits. On ne peut donc pas dire que ce programme frappe par sa nouveauté, plutôt qu' il s'inscrit dans la continuité de ce que font les gouvernements de centre-gauche ou de centre-droit en Europe", relève Bruno Cautrès.

La "révolution" annoncée dans son livre éponyme par Emmanuel Macron pourrait bien n'être pas si révolutionnaire. "Nous voyons naître un candidat attrape-tout tant l'acronyme du mouvement EM fait écho aux initiales de sa propre personne; EM dirige EM, le sommet de la pyramide est siglé par l'homme qui attrape-tout, le "catch-all man", "le catch-all candidate"", analyse de son côté Virginie Martine, docteur en sciences politiques qui enseigne à la Kedge Business School.

"Nous ne pouvons savoir avec certitude si EM - le mouvement et le candidat - sauront séduire au-delà des élites. Est-ce que ce "catch all" candidat-mouvement saura attraper tous les électorats, dans toutes les classes sociales et dans toutes les campagnes de France?", poursuit-elle. Avant de s'interroger: "Ce mouvement ne va-t-il pas devenir un parti messianique à la gloire d'Emmanuel Macron avec pour simple intention de remplacer la "bourgeoisie d'Etat" actuellement en place par ce nouveau cercle d' initiés, ce nouveau gotha, ce who' s who spectaculaire. "

Aux yeux du politiste Thomas Guénolé, de Sciences Po Paris, "l'idéologie de M. Macron est basiquement l'opportunisme". "Il a attendu le plus longtemps possible avant de nous dire quelle était sa plate-forme". Dans le contexte chaotique de la campagne, marqué par la probable mise en examen, le 15 mars prochain, du candidat de la droite François Fillon, englué dans le PenelopeGate, "Emmanuel Macron reste cependant celui qui peut être une alternative aux électeurs de droite qui ne veulent pas devenir des électeurs d'extrême droite".

Le candidat d'En Marche! affirme pouvoir réunir "plusieurs familles politiques", avec "la gauche social-démocrate, les radicaux de gauche, les écologistes, le centre, la droite" et s'est même auto-proclamé jeudi comme le candidat "des classes moyennes et populaires", réfutant avec véhémence l'étiquette de "candidat de l'oligarchie". Mais pourra-t-il vraiment convaincre les électeurs de la gauche classique? Avec sa proposition qui consiste à supprimer les allocations chômage après le refus de deux offres d'emploi "décentes" ne risque-t-il pas de faire fuir cet électorat?

"Deux points lui poseront problème. Cette mesure ainsi que l' alignement du système de retraite des fonctionnaires sur celui des salariés du privé. Ce sont des symboles auxquels la gauche est très attachée. Il peut s'attendre à des critiques. S'il devait gagner l'élection présidentielle, les lendemains de cette dynamique qui l'aura porté au pouvoir seront plus difficiles", analyse le chercheur au CNRS et au Cevipof, Bruno Cautrès.

Tenter de marier des mesures de droite et des mesures de gauche pourrait se révéler contre-productif pour Emmanuel Macron, soulignent des observateurs. A trop vouloir plaire à tout le monde, il finirait par ne plaire à personne, hormis le noyau dur de son mouvement, et apparaître comme un équilibriste. Et nombreux sont ceux qui rappellent que le candidat d'En Marche!, malgré son discours disruptif, s'inscrit dans la continuité du quinquennat de François Hollande dont il a largement inspiré la politique économique.

Dans "Introduction inquiète à la Macron-économie" , Thomas Porcher, professeur à la Paris School of Business, et Frédéric Farah, professeur d'économie à Sorbonne-Nouvelle, ont des mots très durs à l'encontre de l'ancien banquier et ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée, n'hésitant pas à fustiger un "bricolage libéral" et un "miroir aux alouettes" . "Derrière une modernité apparente se trouve en réalité une vision régressive de l' économie", assènent-ils.

En matière de finances publiques, Emmanuel Macron veut poursuivre la cure d' amaigrissement. Le candidat d' En marche promet d' économiser 60 milliards d' ici 2022, de manière à ramener la part de la dépense publique dans le PIB de 56,5 % aujourd' hui à 52 %, soit une réduction de moitié de l'écart qui sépare la France du reste de la zone euro (48,5 %). Mais la remontée attendue des taux d' intérêts pourrait le priver d' un levier qui a compté pour 40% dans la réduction du déficit public depuis 2011 selon la Cour des comptes.

Quant au projet européen d'Emmanuel Macron, qui prône un fédéralisme de la zone euro avec la création d'un budget propre, d'un "ministre de l'Economie et des Finances" et d'un parlement regroupant des élus des Etats membres, il table sur une victoire de la gauche allemande en septembre. De nombreuses inconnues demeurent cependant quant à la faisabilité et l'efficacité des mesures proposées alors que Berlin s'oppose depuis 2010 à toute "mutualisation" des risques et des dettes.

Dans l'immédiat, la course à l'Elysée reste ouverte. Selon le dernier baromètre YouGov pour Le HuffPost et Cnews, qui relève qu'Emmanuel Macron " est plutôt perçu de droite par les sympathisants de la gauche (32%), et de gauche par les sympathisants de la droite (27%)", seulement 21% des Français espèreraient qu'il remporte l'élection présidentielle.

Et surtout, les défections enregistrées ces derniers jours dans le camp Fillon font resurgir l'éventualité d'une candidature d'Alain Juppé qui, elle, ne ferait pas les affaires du candidat ni-droite ni-gauche.

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France/Présidentielle: Emmanuel Macron, le candidat "attrape-tout" (ANALYSE)

Publié le 2017-03-03 à 20:30 | french.xinhuanet.com

PARIS, 3 mars (Xinhua) -- Au delà du train de mesures et d'annonces en tout genre présentées jeudi par Emmanuel Macron, l'outsider devenu favori, on peut néanmoins raisonnablement s'interroger sur la lisibilité du positionnement ni droite-ni gauche de l'ancien ministre de François Hollande et sur sa capacité à rassembler dans les urnes à l'issue d'une campagne présidentielle imprévisible.

Dévoilé pour la première fois jeudi dans son intégralité, le programme du fondateur d'"En marche!" apparaît si multiforme que nombre d'analystes restent circonspects. L'ancien ministre de l'économie du président Hollande qui s'est lancé dans la course à l'Elysée a pourtant le vent en poupe, notamment dans les sondages. D'autant qu'il a engrangé de nombreux soutiens, et le récent ralliement du centriste François Bayrou.

A 39 ans, Emmanuel Macron se drape des habits du renouveau et cultive l'image de l'homme qui veut dépasser les clivages et privilégier une "troisième voie". "Est-ce un projet de droite, est-ce un projet de gauche ? Ma réponse, c'est que c' est un projet pour faire entrer la France dans le XXIe siècle, faire réussir le pays, et donner à chacun une place dans la société", a-t-il d'ailleurs lancé, jeudi, à moins de deux mois du premier tour, lors d'une présentation savamment orchestrée et policée.

Devant plus de 300 journalistes français et étrangers, l'ancien banquier d'affaires a égrené son programme renvoyant aux fiches thématiques élaborées par "500 experts" déclinées sur son site de campagne. Objectif premier du candidat à la présidentielle: couper court aux attaques sur son "absence de programme" et faire oublier qu'il avait maladroitement déclaré en février dernier que c'était une "erreur" de penser que le programme était "le coeur" d'une campagne.

Le candidat d'En Marche! a ainsi détaillé ses six chantiers prioritaires: l'éducation et la culture, la société du travail, la modernisation de l'économie, le renforcement de la sécurité du pays, le renouveau démocratique et la défense des intérêts français sur le plan international.

"C'est un programme centriste, que l'on peut qualifier de social-libéral: il met l'accent sur l'investissement, le pouvoir d' achat et les salaires, et en même temps veut faire revenir la France dans la moyenne européenne des déficits publics et améliorer la compétitivité de l'économie", résume Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po.

"Emmanuel Macron veut se situer à l'intersection de la droite et de la gauche. On trouve dans son programme des mesures économiques qu'un candidat de droite centriste ne bouderait pas (60 milliards d' économies dans les dépenses supportées par l'Etat et les collectivités locales, la réforme de l'indemnisation chômage et de l' assurance maladie) et aussi des dimensions sociales et notamment d'investissement sur l'avenir (la formation, la transition écologique) qui sont assez importantes", argumente l'universitaire.

"L' une des propositions qui a le plus marqué, c'est l'exonération pour 80% des foyers de la taxe d' habitation. Pour le reste, ce sont des mesures plutôt dans la continuité de ce qu' on a vu avec Manuel Valls comme Premier ministre ou candidat à la primaire: compétitivité des entreprises, réduction des dépenses publiques et des déficits. On ne peut donc pas dire que ce programme frappe par sa nouveauté, plutôt qu' il s'inscrit dans la continuité de ce que font les gouvernements de centre-gauche ou de centre-droit en Europe", relève Bruno Cautrès.

La "révolution" annoncée dans son livre éponyme par Emmanuel Macron pourrait bien n'être pas si révolutionnaire. "Nous voyons naître un candidat attrape-tout tant l'acronyme du mouvement EM fait écho aux initiales de sa propre personne; EM dirige EM, le sommet de la pyramide est siglé par l'homme qui attrape-tout, le "catch-all man", "le catch-all candidate"", analyse de son côté Virginie Martine, docteur en sciences politiques qui enseigne à la Kedge Business School.

"Nous ne pouvons savoir avec certitude si EM - le mouvement et le candidat - sauront séduire au-delà des élites. Est-ce que ce "catch all" candidat-mouvement saura attraper tous les électorats, dans toutes les classes sociales et dans toutes les campagnes de France?", poursuit-elle. Avant de s'interroger: "Ce mouvement ne va-t-il pas devenir un parti messianique à la gloire d'Emmanuel Macron avec pour simple intention de remplacer la "bourgeoisie d'Etat" actuellement en place par ce nouveau cercle d' initiés, ce nouveau gotha, ce who' s who spectaculaire. "

Aux yeux du politiste Thomas Guénolé, de Sciences Po Paris, "l'idéologie de M. Macron est basiquement l'opportunisme". "Il a attendu le plus longtemps possible avant de nous dire quelle était sa plate-forme". Dans le contexte chaotique de la campagne, marqué par la probable mise en examen, le 15 mars prochain, du candidat de la droite François Fillon, englué dans le PenelopeGate, "Emmanuel Macron reste cependant celui qui peut être une alternative aux électeurs de droite qui ne veulent pas devenir des électeurs d'extrême droite".

Le candidat d'En Marche! affirme pouvoir réunir "plusieurs familles politiques", avec "la gauche social-démocrate, les radicaux de gauche, les écologistes, le centre, la droite" et s'est même auto-proclamé jeudi comme le candidat "des classes moyennes et populaires", réfutant avec véhémence l'étiquette de "candidat de l'oligarchie". Mais pourra-t-il vraiment convaincre les électeurs de la gauche classique? Avec sa proposition qui consiste à supprimer les allocations chômage après le refus de deux offres d'emploi "décentes" ne risque-t-il pas de faire fuir cet électorat?

"Deux points lui poseront problème. Cette mesure ainsi que l' alignement du système de retraite des fonctionnaires sur celui des salariés du privé. Ce sont des symboles auxquels la gauche est très attachée. Il peut s'attendre à des critiques. S'il devait gagner l'élection présidentielle, les lendemains de cette dynamique qui l'aura porté au pouvoir seront plus difficiles", analyse le chercheur au CNRS et au Cevipof, Bruno Cautrès.

Tenter de marier des mesures de droite et des mesures de gauche pourrait se révéler contre-productif pour Emmanuel Macron, soulignent des observateurs. A trop vouloir plaire à tout le monde, il finirait par ne plaire à personne, hormis le noyau dur de son mouvement, et apparaître comme un équilibriste. Et nombreux sont ceux qui rappellent que le candidat d'En Marche!, malgré son discours disruptif, s'inscrit dans la continuité du quinquennat de François Hollande dont il a largement inspiré la politique économique.

Dans "Introduction inquiète à la Macron-économie" , Thomas Porcher, professeur à la Paris School of Business, et Frédéric Farah, professeur d'économie à Sorbonne-Nouvelle, ont des mots très durs à l'encontre de l'ancien banquier et ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée, n'hésitant pas à fustiger un "bricolage libéral" et un "miroir aux alouettes" . "Derrière une modernité apparente se trouve en réalité une vision régressive de l' économie", assènent-ils.

En matière de finances publiques, Emmanuel Macron veut poursuivre la cure d' amaigrissement. Le candidat d' En marche promet d' économiser 60 milliards d' ici 2022, de manière à ramener la part de la dépense publique dans le PIB de 56,5 % aujourd' hui à 52 %, soit une réduction de moitié de l'écart qui sépare la France du reste de la zone euro (48,5 %). Mais la remontée attendue des taux d' intérêts pourrait le priver d' un levier qui a compté pour 40% dans la réduction du déficit public depuis 2011 selon la Cour des comptes.

Quant au projet européen d'Emmanuel Macron, qui prône un fédéralisme de la zone euro avec la création d'un budget propre, d'un "ministre de l'Economie et des Finances" et d'un parlement regroupant des élus des Etats membres, il table sur une victoire de la gauche allemande en septembre. De nombreuses inconnues demeurent cependant quant à la faisabilité et l'efficacité des mesures proposées alors que Berlin s'oppose depuis 2010 à toute "mutualisation" des risques et des dettes.

Dans l'immédiat, la course à l'Elysée reste ouverte. Selon le dernier baromètre YouGov pour Le HuffPost et Cnews, qui relève qu'Emmanuel Macron " est plutôt perçu de droite par les sympathisants de la gauche (32%), et de gauche par les sympathisants de la droite (27%)", seulement 21% des Français espèreraient qu'il remporte l'élection présidentielle.

Et surtout, les défections enregistrées ces derniers jours dans le camp Fillon font resurgir l'éventualité d'une candidature d'Alain Juppé qui, elle, ne ferait pas les affaires du candidat ni-droite ni-gauche.

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